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quarta-feira, 26 de fevereiro de 2014

Portugal : les travailleurs portugais sont-ils trop impatients ?

Portugal : les travailleurs portugais sont-ils trop impatients ?


Le régime fasciste est tombé, mais le capitalisme demeure ! Ce changement de régime politique a fait naître un sentiment de libération, de suppression des entraves sociales et policières, qui est principalement ressenti par la classe qui porte. plus que toute autre, le poids de l’exploitation : la classe ouvrière.

Mais la chute du régime ancien s’est fait hors des voies légales ; elle a déclenché un processus nouveau, transférant dans la rue la politique et l’action. Les manifestations et la fraternisation entre soldats et ouvriers, les actions directes et violentes contre l’ancien appareil d’État qui a cessé momentanément de contrôler la vie sociale, tout cela libère des énergies collectives nouvelles et renforce la volonté d’agir et d’aller plus loin. Rapidement, le foyer de cette agitation collective quitte la rue où patrons et ouvriers saluaient côte-à-côte la fin du fascisme, pour les lieux de travail, où ils se retrouvent face-à-face.

La force collective s’impose et impose des changements dans l’appareil de production, où la répression fasciste servait à garantir le maintien des rapports sociaux. C’est pourquoi, dans le mouvement de grève actuel, la question de l’épuration est l’un des points essentiels. Mais les attitudes des directeurs du personnel, surveillants et contremaîtres, que les ouvriers dénoncent comme des attitudes fascistes, existeront toujours tant qu’il y aura du travail salarié. C’est pourquoi les capitalistes résistent à ces mesures d’épuration.

Ce qu’ils ne peuvent pas mettre en jeu, c’est la "discipline" qui est la base de la production, et il est dangereux que les ouvriers s’habituent à vouloir imposer leur volonté sur ce terrain.

Mais derrière la chute du fascisme se profilent déjà d’autres formes du pouvoir capitaliste. Les actions ouvrières, les manifestations de force collective rencontrent chaque fois une plus grande résistance. En un sens, la Junte apparaît comme l’intermédiaire ayant pour fonction de faire accepter aux travailleurs les intérêts des capitalistes. Réclamer l’intervention de la Junte, lui faire confiance cela revient à refuser de décider et d’agir directement face aux patrons, c’est abdiquer sa force collective. C’est ce qui s’est passé par ex, à la TIMEX, où les ouvriers unis et décidés ont été demander l’intervention de la Junte, celle-ci leur faisant finalement accepter une proposition que ne sert que la Direction. Ailleurs, c’est le souci de légalité qui a bloqué toute action. Avant même de savoir ce qui sera légal ou non, les gens prennent d’avance position contre l’illégalité. C’est ce qu’on peut lire dans la déclaration du personnel de l’Institut de Physique-Mathématique adressée à la Junte, où il est dit que l’on "condamne toutes les initiatives prises en dehors de la légalité démocratique qui est en cours d’élaboration". D’autres, comme certaines directions des syndicats et des partis, ne cessent d’agiter la menace du chaos économique. Cela revient à adopter la position des capitalistes, selon qui on ne peut accorder quoi que ce soit aux ouvriers que si la productivité et les bénéfices (donc l’exploitation) s’élèvent eux aussi. À considérer la formation du gouvernement provisoire, la tendance est très nettement dans ce sens. Il s’agit de convaincre les travailleurs que "l’heure est venue de sacrifices pour tous les Portugais" (travailleurs des assurances "La Sociale"). On a déjà entendu ça quelque part ! Comme si tous les Portugais avaient des intérêts identiques ! Si les capitalistes ont un souci du salut de la société, pourquoi serait-ce toujours aux travailleurs de faire des sacrifices ?

Des communiqués de ce genre, il en apparaît de tous côtés, exprimant souvent l’opinion des travailleurs eux-mêmes : J. Pimenta, Firestone, etc. D’ores et déjà, cette attitude a pour résultat de faire renaître la peur qui avait disparu, détruisant ainsi la détermination de lutter. En affirmant qu’il "est impossible de céder à ces revendications", on oublie que cette réponse a toujours été celle des patrons, même avant le 25 avril. Tout dépend finalement de la force de la classe ouvrière. Ce qui est possible, c’est ce qu’elle aura la force d’imposer.

Tout cela ne suffisant pas, on commence à parler aussi de "provocateurs", des "impatients", des "aventuristes". La Junte a publié un communiqué mettant en garde contre l’existence de provocateurs dans le bâtiment ; le même jour, 14 mai, les patrons de J. Pimenta distribuent ce même communiqué en réponse aux revendications des travailleurs ! Comme disait l’autre, "dis mois qui sera la Junte, je te dirai qui la Junte sert". Aux chantiers de la Lisnave, la commission des travailleurs déclare "défendre les siens de l’entreprise et de l’administration", pendant qu’à la TAP, les syndicats s’en prennent aux ouvriers qui se comportent avec "la liberté qui leur a été offerte comme des enfants à qui on donne un jouet et qui n’ont pas de répit avant de l’avoir cassé". Chose intéressante, les partis et les organisations politiques qui, sous le fascisme, étaient tout excités par les grèves ouvrières, se mettent tout d’un coup à recommander le calme et font tout pour mettre fin aux conflits. A. Cunhal dit aux journalistes que "l’impatience pose des problèmes", comme on peut le lire à côté du communiqué des Forces Armées donnant le nom des jeunes morts à la guerre. Beau résultat de la patience ! Le PCP n’hésite pas du reste à dire que seuls les réactionnaires "ont intérêt à ce que la tension se développe". Bientôt, les travailleurs qui veulent faire grève se verront accusés d’être des agents de l’ex-PIDE ! Aux mines de Panasquetra, les messieurs du Comité d’Entreprise de Covilha s’efforcent inlassablement d’étouffer le conflit, mais les ouvriers rejettent leurs propositions. Au point que les luttes ouvrières apparaissent maintenant comme une menace pour les sièges qu’ils occupent ou pensent occuper bientôt…

Une fois le fascisme abattu, les travailleurs ne doivent pas désarmer. Ce qui a été obtenu par la force est la meilleure garantie pour le futur. C’est maintenant qu’il faut avancer des revendications, au moment où les anciennes institutions sont à terre et où les nouvelles ne sont pas encore consolidées. C’est maintenant que nous sommes forts ! La menace de retour du fascisme ne sert qu’à entraver la lutte ouvrière et le développement de la conscience de classe des travailleurs.

Tout le problème actuel du capitalisme, c’est de passer d’une forme arriérée et rigide de domination - le fascisme - à un encadrement démocratique, avec cogestion et participation des travailleurs à leur propre exploitation. En leur donnant l’illusion d’être maîtres de leur propre destin.

Tant qu’existent le capitalisme et l’État, fondés sur le salariat, les travailleurs ne peuvent rien contrôler du tout. Il n’y a pas d’étapes de pouvoir intermédiaire. Ou bien le pouvoir est entre nos mains, reposant sur des organisations démocratiques de base qui gèrent l’ensemble de la vie sociale, ou bien il est dans celle de l’État capitaliste. Et en attendant, la seule chose que nous puissions contrôler et gérer, ce sont nos propres luttes : en préservant le pouvoir de décision des assemblées générales, en utilisant comme moyen de pression l’action directe, en récusant les délégations permanentes de pouvoir, qui font surgir des "sauveurs professionnels", auxquels nous devrons, une fois de plus, faire confiance. De même, le ralentissement des cadences (Convex), la réduction de l’échelle des salaires (Compagnie Aérienne, Bâtiments), les augmentations égales pour tous, le refus de percevoir les titres de transports (Soc. Estoril, Belos), enfin le refus des compromis et des négociations en fixant des dates limites de réponse aux directions voilà des exemples de développement des luttes ouvrières. Ce n’est qu’ainsi que nous pourrons faire face aux groupes politiques, grands ou petits, qui ne voient dans la lutte de classe qu’un moyen pour renforcer leurs organisations.

C’est de la capacité de contrôler les luttes d'aujourd’hui, en réfléchissant sur nos actions collectives et sur leurs conséquences, que naîtra la force et la volonté qui nous permettra d’en finir une bonne fois avec l’exploitation du travail (le salariat), avec cette société de merde et toutes ses institutions, ses postes, ses bonzes, ses sauveurs professionnels, etc.

Travailleurs, soyons impatients !

Comptons sur nos propres forces !

Groupe lutte de classe (Tract distribué à Lisbonne)


Extrait de La Lanterne Noire, n°1, Juillet-Août 1974

sábado, 22 de fevereiro de 2014

Pour une contre-chronologie

Nous allons sur cette page (en constante construction) tenter de proposer une chronologie qui aura pour matrice l'expérience de la "transition démocratique" ou nous insisterons sur les luttes prolétaires et ses combats.

Nous traiterons aussi des luttes et débats dans le mouvement ouvrier au Portugal avant 1926
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En  1926 les militaires mettent fin à la république et au régime d'un certain type parlementaire, et nomment António de Oliveira Salazar au ministère des finances. Celui-ci consolide son pouvoir et devient chef du gouvernement en 1932 et instaure grâce à une nouvelle constitution, qui lui donne les pleins pouvoirs, un parti unique (L'union nationale) un régime autoritaire d'inspiration fasciste: Estado Novo (État nouveau).

[ En construction ] Luttes sociales, résistances, attentats et lutte armée.

25 avril 1974: Le Mouvement des Forces armées (M.F.A.) renverse la dictature de Marcelo Caetano.

1er mai 1974: Plus d'un million de travailleurs manifestent à Lis­bonne.

15 mai 1974 : Spinola président de la République, Palma Carlos Premier ministre.

17 juillet 1974 : Palma Carlos est remplacé par Vasco Gon­çalves.

28 septembre 1974: Echec de la manifestation de la « majorité silen­cieuse », qui vise à rétablir un régime autoritaire de droite. Les travailleurs dressent des barricades.

30 septembre 1974: Démission de Spinola. Le général Costa Gomes devient président de la République.

14 janvier 1975: Manifestation monstre à Lisbonne pour la défense de l'unité syndicale.

11 mars 1975 : Tentative de putsch manquée.

14 mars 1975: Création du Conseil de la Révolution et de l'Assem­blée du M.F.A.; nationalisation de la banque et des assurances. 25 avril 1975 : Elections à l'Assemblée Constituante.

8 juillet 1975 : Adoption par l'Assemblée du M.F.A. du « docu­ment-guide », qui prévoit les étapes du « pouvoir populaire ». 10 juillet 1975 : Démission des ministres socialistes.

13 juillet 1975 : Premières violences anticommunistes à Rio Maior.

7 août 1975: Melo Antunes publie le « Document des Neuf. »

5 septembre : L'assemblée du M.F.A. met Vasco Conçalves en minorité.

6 septembre : Vasco Gonçalves et ses partisans sont exclus du Conseil de la Révolution.

12 septembre : L'amiral Pinheiro de Azevedo succède à Vasco Gonçalves comme Premier ministre.

20 novembre : Le gouvernement se met « en grève » pour protester contre l'incapacité où il se trouve de faire appliquer ses décisions par l'armée.

25 novembre : Le putsch manqué des parachutistes de la base de Tancos donne l'occasion au président de la République d'instaurer l'état de siège.

12 décembre : Le Conseil de la Révolution met pratiquement fin à l'existence du M.F.A.

ler janvier 1976 : La police tire sur les manifestants de gauc'le qui réclament, devant le prison de Porto, la libération des militaires emprisonnés. Quatre morts.

19 janvier : Otelo de Carvalho est arrêté.

22 février : Après trois mois d'hésitations, le président Costa Gomes reconnaît la République populaire d'Angola. Le P.P.D. et le P.S. s'opposaient à cette reconnaissance.

26 février : Le M.F.A. et les parties politiques signent un nouveau Pacte constitutionnel. Les élections sont fixées au 25 avril.

3 mars : Otelo de Carvalho est libéré.


25 avril : Elections législatives. 
Le Parti communiste obtient, avec 780 000 voix (+ 71 000), 14,59 % des suffrages exprimés (+ 2,06 %) et 40 sièges (+ 10).
Le Parti socialiste, avec 1 871 000 voix (— 274 000), 35,01 % des suffrages exprimés (— 2,86 %) et 107 sièges (— 8); 
Le P.P.D., avec 1 283 000 voix (— 211 000), 20,01 % des suffrages exprimés (— 6,31 %) et 73 sièges (— 7).
le C.D.S., avec 848 000 voix (+ 453 000), 15,87 % des suffrages exprimés (+ 8,21 %) et 42 sièges (+ 26); 1'U.D.P., avec 90 000 voix (+ 46000), 1,69 des suffrages exprimés (+ 0,90 %) et 1 siège (inchangé). 

27 juin : Elections présidentielles. Le général Ramalho Eanes, chef d'Etat-Major de l'Armée de Terre,soutenu par le P.S., le P.P.D. et le C.D.S., affronte quatre autres candidats : Octavio Pato, présenté par le P.C.P.; l'amiral Pinheiro de Azevedo, Premier Ministre; le commandant Otelo Saraiva de Carvalho, soutenu par des groupes gauchistes et Pompilio da Cruz, qui s'affirme porte-parole des rapatriés d'Angola.

terça-feira, 18 de fevereiro de 2014

PORTUGAL : Quels conseils ouvriers ?

PORTUGAL : Quels conseils ouvriers ?


(Editorial du journal portugais «Combate» N° 27 du 17 au 31 juillet 1975)


Le mouvement ouvrier avant et après le 25 avril

Jusqu'au 25 avril, on peut affirmer catégo­riquement que les classes laborieuses au Por­tugal eurent peu de possibilités, dans les luttes qu'elles engagèrent contre le capita­lisme (pendant toute la période fasciste), de connaître et d'affronter les structures de type parti ou syndicat qui s'intitulent représen­tants et défenseurs de la classe ouvrière.
Cet aspect est assez significatif, dans la me­sure où il aide à comprendre la cause de l'es­sor de grèves radicales et autonomes que la classe ouvrière déchaîna après le 25 avril. Ce fut justement parce qu'il n'y avait pas de structures organisatrices de type partis et syn­dicats qui canalisent les luttes ouvrières pour la «stabilité de l'économie nationale», comme c'est le cas le plus flagrant de l'action de l'intersyndicale et du P.C.P. après le 25 avril, que la radicalisation de l'action auto­nome des travailleurs put atteindre des pro­portions jamais imaginées.
L'irruption des revendications, qui es­sayaient de réduire avant tout la situation de misère dans laquelle se trouvaient les travail­leurs portugais, dépassa très vite ce stade re­vendicatif pour se transformer en une atta­que frontale contre les structures de base du capitalisme.
Aux objectifs d'apparence révolution­naire , comme la lutte des travailleurs pour la diminution de l'éventail des salaires, s'ajou­tèrent des formes d'organisation directe et dé­mocratique : les Assemblées générales de tra­vailleurs.
Comme il importait surtout à l'intersyndicale et au P.C.P. de canaliser ce mouvement vers des objectifs réformistes, la rupture surgit. Ainsi naquit un mouvement autonome et spontané, qui était en même temps l'expression d'une nécessité révolution­naire contre l'exploitation capitaliste et si­multanément contre les organisations qui em­pêchaient ces objectifs.
Les Assemblées générales représentèrent un pas assez important vers l'émancipation des travailleurs car elles étaient l'émanation directe des nécessités de tous les travailleurs.
Les Commissions de travailleurs, élues dans les luttes, reflètent l'apparition du noyau le plus radical d'ouvriers. Alors que les travailleurs élus pour les Commissions de travailleurs étaient l'expression des nécessi­tés des luttes sur les lieux de travail, un autre mouvement s'étendit et se radicalisa, don­nant naissance aux Commissions inter-entre-prises.

Les Commissions inter-entreprises

Par les perspectives qu'il englobait, ce mou­vement aux bases profondément anticapita­listes, sentit la nécessité de s'étendre. La grève de la TAP fut l'apogée de cette nécessité. Quand l'occupation militaire de la TAP eut lieu. les ouvriers en grève sentirent que leurs nécessités révolutionnaires devaient s'étendre et être résolues par la classe ouvrière toute en­tière. Comme à la TAP, la plupart des grèves qui se déroulaient : Lisnave, Efacec, Timex, CTT, Sogantal représentaient une nécessité révolutionnaire qui ne pouvait se limiter à la défense de l'économie nationale. Le cadre de la lutte dut passer d'une unité de production à un ensemble d'unités de production. Les Com­missions inter-entreprises, à leur naissance, correspondaient effectivement à ces aspira­tions. Mais à partir du moment où plusieurs groupes gauchistes s'y infiltrèrent, surgirent les manipulations, pratique courante de ces organisations, et ce fut le début de la défaite des Commissions inter-entreprises. De plus, la retombée des luttes dans ces entreprises, sans objectifs concrets d'union entre elles,et la démobilisation de la base facilitèrent l'action de contrôle de ces organisations.
Les camarades des Commissions de tra­vailleurs qui dans les luttes d'usine étaient l'expression radicale de la situation du mouvement ouvrier, commencèrent à être dans celles des inter-entreprises les mandataires et les recruteurs des nécessités des partis gau­chistes auxquels ils appartenaient.

Apartidaire (néologisme): «sans-parti».
P.C.P. = Parti Communiste Portu­gais.
PRP—BR = Parti Révolution­naire du Prolétariat—Brigades Ré­volutionnaires
U DP = Union Démocratique Populaire.
MRPP = Mouvement pour la Ré­organisation du Parti du Proléta­riat.

Leur action de militants révolutionnaires, à partir de ce moment se mit au service des chapelles qui les dirigeaient, et fut contraire aux intérêts des masses laborieuses, se bu­reaucratisant et s'en éloignant chaque fois da­vantage, soit en se plaçant complètement au service des idéologies «partidaires» aux­quelles ils appartenaient, soit en se transfor­mant, ce qui est encore plus grave, en nou­veaux patrons, à travers les Commissions de travailleurs qui gèrent actuellement presque toutes les usines dites en autogestion.
Les options «partidaires» dans l'inter-en­treprises commencèrent à être sa vie fonda­mentale. Parce qu'elles ne reflétaient en rien les intérêts des travailleurs, une situation de frustration et d'impasse commença à naître.
Le PRP se rend compte de cette situation et essaye de l'exploiter en sa faveur, avec la création des Conseils révolutionnaires des travailleurs, soldats et marins (CRTSM).


L'impasse de la lutte de classe ouvrière et le sens de l'apparition des CRTSM.

La frustration créée par les luttes «partidaires» entraîna une grande partie des masses laborieuses vers un certain marasme. Marasme qui ne se reflète pas seulement dans le refus d'adhésion à tel ou tel parti; la classe ouvrière comprend que le «socialisme à la portugaise» n'invoque que des sacrifices.
Le capitalisme portugais ne peut sortir de la crise qu'il traverse actuellement que si les travailleurs sont prêts à payer de leur sueur la reconversion de l'économie nationale. En termes idéologiques populistes, le MFA et ses acolytes appellent cela la bataille de la production.
Le MFA, tous les partis et syndicats non seulement s'introduisent dans les Commis­sions de travailleurs et de locataires, pour es­sayer de récupérer toute l'énergie spontanée qui était à la base de leur création, mais ils sont également d'accord avec l'apparition de structures radicales, pour plus tard aussi essayer de les récupérer. L'exemple des CRTSM est assez significatif de ce que peut être la manipulation par un parti ou par un secteur considéré comme progressiste dans le MFA.
Ce ne fut pas un hasard si le PRP et le secteur «progressiste du MFA» durent activer la structuration des CRTSM, comme tremplin pour une manipulation future.
D'ailleurs le PRP, en tant que parti, ne peut vivre sans recruter des ouvriers dans le but de conquérir l'appareil d'État pour deve­nir par la suite les nouveaux dirigeants et ex­ploiteurs — de là nais la nécessité de créer les CRTSM, comme structure parallèle pour at­teindre ces objectifs.
Le secteur «progressiste» du MFA se sert de ces mêmes conseils, car il pense qu'ils peu­vent représenter la stimulation productive de la force de travail, dans le but de sortir de la crise actuelle que le capitalisme traverse.
Et pourquoi cela ? Parce que ce secteur du MFA a compris que l'intersyndicale et les partis existants n'ont plus la force suffisante pour mobiliser les masses laborieuses pour la bataille de la production, c'est pourquoi ils se servent de ces nouvelles formes d'organisa­tions capables d'une représentativité plus grande et d'un impact sur les travailleurs. Mais les CRTSM ont-ils actuellement un im­pact sur la classe ouvrière ?

L'impasse des luttes autonomes et l'alternative révolutionnaire

Face aux forces en présence dans la lutte de classe actuelle au Portugal, les travail­leurs doivent choisir la voie la plus identique à leurs intérêts révolutionnaires.
C'est que les travailleurs ont déjà compris qu'au fond, les partis et les syndicats ne cana­lisent les luttes qu'en fonction de leurs que­relles «partidaires» et manipulent les intérêts autonomes de la classe ouvrière.
Les manifestations du 17 juin et du 6 juil­let sont des exemples significatifs. La mani­festation du 17 juin fut entièrement orches­trée par le PRP, alors que les deux autres qui eurent lieu le 4 juillet, l'une appelée par la Si­dérurgie, orchestrée par l'UDP,et l'autre, ap­pelée par la TAP, TLP Métro, etc., par le MRPP. Leurs objectifs étaient les mêmes : mobiliser les travailleurs au nom d'objectifs dits «apartidaires» pour pouvoir développer leurs intérêts «partidaires». Ce qu'il faut sou­ligner, c'est que ces partis ont déjà besoin du titre «d'apartidarisme» pour mobiliser les tra­vailleurs. Ils les mobilisent effectivement, mais c'est pour s'accroître en tant que par­tis !

Le PRP se démarque par la subtilité des formes organisatrices qu'il a créées. Il n'appela pas qu'à des manifestations dites « apartidaires » mais il commença par créer une structure dite « apartidaire » - les CRTSM. C'est sous ce nom qu'il développa par la suite sa pratique politique.
Les CRTSM ne sont pas des organisme nés directement des nécessités senties dans la pratique par les travailleurs en lutte. Mais ils apparaissent au moment ou les travailleurs commencent à sentir le besoin de créer de nouvelles formes d'organisation, qui dépassent les structures syndicales et « partidaires » et qui se joignent aux différentes luttes de manières plus significative. C'est dans cette période non seulement d'impasse du développement des luttes autonomes des travailleurs, et de saturation de l'action des partis, mais aussi, quand les formes d'organisations auto­nomes, qui développent l'union entre les dif­férentes luttes, ne sont pas encore trouvées par les travailleurs, qu'apparaît une marge pour des interventions opportunistes. La né­cessité des travailleurs de s'organiser de fa­çon autonome, sans être manipulés par des bureaucraties «partidaires» ou syndicales, subsiste.

Les Assemblées générales de base dans les usines, les quartiers, les hôpitaux, les champs, soit à un niveau local, soit régional ou national, ont besoin de s'étendre et de dé­velopper ce qu'au début les Commissions in­ter-entreprises présentèrent comme l'émancipation de tous les travailleurs. Elles devront être élues démocratiquement et révocables à tout instant, ayant comme fonction la réalisa­tion pratique de ces nécessités actuelles, et comme but futur la destruction de l'appareil d'Etat.

Les travailleurs devront lutter contre tout et contre tous ceux qui personnifient la per­pétuation de cette société. C'est tout un monde d'exploitation à abattre qui com­mence dans les usines, les hôpitaux, les trans­ports, le commerce et finit par l'Etat. C'est pour cela que les travailleurs ne peuvent compter que sur leurs propres forces sans dé­léguer la réalisation de leurs intérêts révolu­tionnaires aux différents dieux de la place portugaise.

Texte paru dans la revue Spartacus Socialisme et liberté N°64 - Novembre-Décembre 1975

LINHA VERMELHA / RED LINE, un film de José Filipe Costa

domingo, 16 de fevereiro de 2014

PORTUGAL - LA RÉFORME AGRAIRE ET L'AGRICULTURE (II)

Comme nous l'avons dit au début du chapitre précédent (1), dans toutes les luttes où le prolétariat marque effectivement son autonomie, se développent de nouvelles relations sociales qui tendent à organiser toute la vie sociale et économique selon leur modèle. Cependant, ni l'entreprise ni le secteur économique où un ensemble de prolétaires entre en lutte n'existent indépendamment du marché capitaliste ; aussi, plus ou moins rapidement, pendant que les nouvelles relations sociales se développent en formant de nouvelles relations économiques, le marché capitaliste fait peser sa pression: c'est à lui qu'il faut s'adresser pour obtenir les matières premières et les machines; c'est vers lui qu'il faut diriger la vente des produits fabriqués; c'est à lui qu'on peut demander des crédits qui, dans l'économie actuelle, sont nécessaires à tout développement de la production.

Aussi, à partir du moment où une lutte se déclenche, elle présente une phase ascendante, quand le marché capitaliste n'a pas encore limité le développement des nouvelles relations sociales créées par le prolétariat, et une phase de reflux dans laquelle, de nouveau, les formes prolétariennes d'organisation doivent se subordonner à la société capitaliste dominante. Aussi, par exemple, tant que les relations communautaires et égalitaires créées par les ouvriers en lutte tendent à développer comme critères de la production et de la vie économique en général le bien-être des populations travailleuses, le collectivisme dans les décisions, la solidarité politique entre groupes de prolétaires en lutte, etc..., le critère capitaliste de gestion et de croissance économique, basé sur la recherche du profit maximum, ne peut qu'empêcher le développement de ces formes.

Mais une lutte ne passe pas totalement et d'un seul coup de la phase de développement à la phase de reflux. pendant un certain temps, qui peut même être assez long, s'articulent des formes conflictuelles appartenant à l'une et l'autre phase. En général cela dépend de deux grands facteurs: en premier lieu des luttes des prolétaires dans les autres secteurs de la production ou dans d'autres pays; en second lieu de la puissance de l'action initiale.

Voyons la réforme agraire à la lumière de ces critères. On peut marquer la fin de la phase de développement de cette lutte à partir du moment où, le prolétariat rural d'Alentejo ayant occupé les terres, la lutte du prolétariat industriel du reste du pays, pour ne pas encore parler du reste du prolétariat agricole, est restée pour des raisons diverses dans une phase de développement plus retardé ; à cela s'ajoute la situation d'isolement relatif de la lutte ouvrière au Portugal dans le contexte international. A partir de ce moment les coopératives agricoles ont dépendu entièrement du marché capitaliste et donc, ont dû reproduire les critères de gestion capitaliste. Mais cette reproduction n'est ni complète ni exempte de conflits. D'une part,la réforme agraire a résulté d'un déferlement de luttes si radical, si profond et massif que, débordant les critères de gestion capitaliste imposés par la pression du marché, les critères communautaires et égalitaires continuent de s'affirmer: à cet égard, les interviews que nous publions sont parfaitement explicites et ne laissent subsister aucun doute. D'autre part, les mouvements incessants de la classe ouvrière industrielle ont permis aux prolétaires agricoles de l'Alentejo, zone de la réforme agraire, de ne jamais rester isolés: ces derniers ont donc pu, grâce à cet appui dans la pression contre l'appareil d'Etat, maintenir les formes sociales communautaires et égalitaires au-delà de la phase purement ascendante du processus de lutte.

Les critiques élitistes du mouvement ouvrier nous taxeront peut-être de naïveté si nous pensons que des manifestations et autres actions dont l'initiative revient au P.C. ou à des bureaucraties syndicales signifient que les masses ouvrières urbaines mènent une action effective aux côtés du prolétariat concerné par la réforme agraire ; mais ce sont ces critiques qui font preuve de naïveté s'ils s'imaginent que des milliers, des dizaines, des centaines de milliers de travailleurs ne se mobilisent qu'à condition d'en recevoir l'ordre d'un parti ou d'une direction syndicale. Cette mobilisation massive des travailleurs correspond à une solidarité profonde qui se reflète dans la tactique même des partis et que les partis tendent d'anticiper avec des mots d'ordre tactiques ; mais cela ne fait que confirmer la force irrésistible de ce mouvement de solidarité.

Pour que ce double processus puisse être clairement compris et pour empêcher ainsi, à propos de la question agraire, de tomber dans des vues simplistes, élitistes, réactionnaires, nous commencerons dans cette deuxième partie, par montrer, en résumé, comment cette réforme a résulté d'un élan de lutte prolétarienne, très profond et très vaste. Nous montrerons ensuite comment cet élan combatif s'est heurté aux barrières du marché capitaliste, auquel il a été contraint de s'assujettir économiquement. Puis nous montrerons comment le capitalisme lui-même a pu tirer profit de cet assujettissement économique et comment l'avantage ainsi obtenu a suscité des contradictions entre les factions de la classe dominante. Enfin nous ferons, dans une troisième partie, la synthèse de tous les aspects — rendus perceptibles grâce aux interviews publiés — sous lesquels la lutte du prolétariat agricole a créé de nouvelles formes d'organisation sociale et les a développées de telle manière qu'aujourd'hui encore leur importance se maintient.

II-I) La réforme agraire a résulté d'une action prolétarienne directe.

Il nous fut visible quand nous avons ébauché la diversification sociale du monde rural que, dans les quatre districts d'Evora, Beja, Portalegre et Sétubal, à cause de la grande dimension des propriétés et des exploitations, et à cause de la très forte concentration de prolétaires, la lutte des clasan se déroulerait d'une façon franche et antagonique. Effectivement la tradition de lutte du prolétariat rural d'Alentejo date d'une époque très ancienne, pratiquement antérieure à l'existence des manufactures au Portugal. Déjà au 17' et 18' siècles la mobilisation «syndicale» entre les salariés agricoles d'Alentejo, pour la fixation du prix auquel ils vendraient leur force de travail, a révélé une ampleur et une violence très grandes, suscitant les protestations et les craintes des grands propriétaires de l'époque. Cette lutte fut continuelle et, plus recemment, durant la première république, des grèves parmi les plus importantes se sont déroulées en Alentejo; au long des cinquante années de salazarisme le prolétariat de l'Alentejo a eu l'honneur de payer cette lutte de son sang et de remplir les prisons de Caxias et Péniche. La lutte pour les huit heures de travail au début des années soixante marqua un des points les plus hauts de la lutte anti-capitaliste au Portugal. C'est pourquoi il est évident que la réforme agraire a été le résultat des luttes constantes des prolétaires et ne fut d'aucune manière, une réponse des masses à une décision de quelques cercles politiques.

Peu après le 25 avril, la lutte des prolétaires agricoles d'Alentejo commença par la revendication pour des conventions salariales et des accords de travail. Entre-temps on avait créé les syndicats agricoles, avec une base de masse assez réduite à cette époque et des positions beaucoup plus modérées que celles du prolétariat en lutte. Ainsi, par exemple, en ce qui concerne les revendications salariales, pendant que les travailleurs exigeaient l'égalité des salaires pour tous, les syndicats, nommément celui de Beja, recherchaient la conciliation avec les patrons et défendaient le maintien des éventails de salaire. (voir à ce sujet l'article «Greve no Montoito » dans Combate n° 3 du 12 juillet 1974). Ces revendications étaient souvent accompagnées de grèves et d'autres formes de pression sur le patronat. Pour les salariés agricoles d'Alentejo, comprenant un pourcentage élevé de travailleurs « journaliers », c'est-à-dire n'ayant pas d'emploi assuré durant une grande partie de l'année, ces revendications correspondaient pratiquement à un besoin vital, de survie...

Par la puissance de cette pression, les latifundiaires d'Alentejo se virent donc obligés d'augmen­ter, non seulement les salariés, mais la quantité de main d'oeuvre employée, et signèrent dans ce sens des Conventions Collectives du Travail en juillet-août 1974. Mais leur intention était purement et simplement de ne pas les respecter. Si la pression des salariés agricoles a encore obligé les latifundiaires à faire les récoltes cet été-là — et grâce à cette pression la production s'est révélée considérablement supé­rieure à celle des années précédentes — par la suite les grands propriétaires ont commencé à procéder à une destruction massive du capital : abattage du bétail, refus de faire les jachères, refus de faire cueillir les olives, etc... Il en est résulté une multiplication des conflits de travail car la garantie du travail nouvellement conquise était déjà en danger. Devant cette situation la réponse des syndicats et des partis politiques (nommément du P.C.) d'un côté, des masses prolétariennes de l'autre, est franchement divergente. 

Pendant qu'à la fin de l'année 1974, les Commissions Paritaires constituées de délégués syndicaux, de représentants du Patronat, d'éléments des Ministères de l'Agriculture et du Travail, et du M.F.A. (Mouvement des Forces Armées) se réunissaient pour tenter de fixer la capacité d'emploi de chaque entreprise agricole et de définir ainsi les obligations légales contractuelles du patronat, les prolétaires ruraux suivirent un chemin beaucoup plus simple, plus efficace et sans conciliation —l'occupation des terres. (Il est certain que des terres furent occupées dès la fin de 1974, bien qu'à la date où nous rédigeons cette analyse, les seules données systématiquement recueillies n'ont de références qu'à partir de janvier 1975 et seulement pour le district d'Evora.) Résultante d'un ensemble de problèmes qui se ramènent finalement au capita­lisme latifundiaire, la réforme agraire a pourtant eu la question de l'emploi comme stimulus initial. C'est pourquoi il n'est pas étonnant que, depuis les occupations, et relativement aux surfaces transfor­mées en coopératives et unités collectives de production, le nombre total des travailleurs ait augmenté de 184% (avant les occupations : 22 600; 1975-1976: 71900; 1976-1977: 64200), cette augmentation étant plus forte pour les travailleurs permanents (311%) que pour les journaliers (79%), ce qui révèle une augmentation de la sécurité de l'emploi.

L'occupation des terres, premiers pas de la réforme agraire, surgit donc en conflit avec la mise en place des bureaucraties syndicales et anticipe les tactiques plus tard officialisées par les appareils des partis à base ouvrière. Si on étudie la relation entre le degré de prolétarisation et le processus de la lutte, on voit clairement comment la réforme agraire s'est profondément implantée dans la structure sociale et ses conflits de base. Sans doute ce serait tirer des conclusions simplistes sur l'activité révolutionnaire que de la déduire directement du pourcentage des salariés; mais celui-ci est néanmoins un facteur de base très important qui, réuni aux autres facteurs politiques et sociaux, joue un rôle prédominant. Or, la région marquée par les latifundia au sud du Tage constitue une zone culturellement et politiquement assez homogène, aux expériences de luttes com­munes et aux traditions culturelles ancestrales identiques ou similaires. Dans ce contexte, les différents degrés de prolétarisation des différentes régions expliquent les variations du processus et confirment en plus le caractère directement prolétarien de ces luttes. Secondairement, le nombre absolu de travailleurs d'une zone a influé sur le degré d'activisme du prolétariat de cette zone. En termes généraux, les luttes les plus actives se sont déclenchées dans les zones les plus fortement peuplées. Ainsi nous verrons en tête des luttes les zones où le degré de prolétarisation est le plus grand et qui sont les plus peuplées, tandis que celles qui présentent un taux inférieur de prolétarisation et ont une population moins nombreuse en chiffres absolus, manifestent un degré moindre d'activité révolutionnaire. 

Si nous étudions le district d'Evora, pour lequel, comme nous l'avons dit, nous disposons de données complètes dès 1975, nous voyons que des quatorze conseils qui le composent, seuls quatre (Borda, Mourao, Redondo et Vila Viçosa) n'avaient encore occupé aucune ferme à la date de la publication du décret venu légaliser institutionnellement de telles occupations (29 juillet 1975) ; or, sauf Redondo, les trois autres conseils ont un taux de prolétarisation inférieur à la moyenne, relativement au total de la population agricole active, et, là où il lui est supérieur (Vila Viçosa), c'est la population absolue qui est plus réduite. Cet aspect est encore plus significatif quand on considère les occupations qui eurent lieu avant les nationalisations de la grande industrie et des banques, le 11 mars 75: si ces mesures n'ont pas directement concerné la question agricole, elles n'en ont pas moins eu sur elle une répercution évidente en altérant la situation politique générale. De janvier à la seconde quinzaine de mars, des occupations eurent lieu dans les conseils suivants : Evora (une dans la première quinzaine de janvier, une autre dans le première quinzaine de février et une autre dans la seconde quinzaine du même mois), Arraiolos (3 sans la première quinzaine de février), Reguengos (3 aussi à la même date), Montemor (une dans la première quinzaine de février, une autre dans la première quinzaine de mars) et, finalement, Portel (2 dans la seconde quinzaine de février). Or, à l'exception de Reguengos (en dernière place quant au taux de prolétarisation sur la population active agricole, mais à moyen terme quant à la population absolue), tous les autres conseils se situent au-dessus, ou très au-dessus de la moyenne quant au pour­centage de prolétaires, sur le total de la population active agricole. 

Nous pouvons donc en conclure que ce fut dans les zones de plus forte prolétarisation agricole que débuta la lutte pour la réforme agraire. Cela se comprend d'autant mieux si on se rappelle l'impor­tance du problème du chômage évidemment plus élevé dans les zones à forte prolétarisation et à population plus abondante. Le degré de prolétari­sation a aussi exercé une influence décisive sur les résultats totaux atteints : si nous regardons dans chacun des conseils le pourcentage des surfaces occupées pendant toute l'année 1975 relativement au total des surfaces cultivées, nous voyons que les huit conseils qui ont eu des résultats supérieurs à la moyenne, se trouvent aussi parmi ceux qui, relativement à la population active agricole, ont un taux de prolétarisation supérieur à la moyenne (sauf Viana do Alentejo) avec une pointe notable pour le conseil de Vendas Novas, nettement en tête quant au pourcentage des terres occupées et au taux de prolétarisation.

Le même type de résultats s'obtient sur la totalité de la zone de la réforme agraire pour laquelle, puisqu'il n'existe pas de données aussi minutieuses que celles dont nous disposons pour le district d'Evora, nous devons suivre des critères plus larges. Le décret-loi 406-A/75, du 29 juillet 1975, a établi les critères légaux d'expropriation en vertu desquels était expropriable une surface d'environ 1.500.000 hectares soit un peu moins de la moitié (48,8 %) de la superficie agricole utile des huit districts concernés : Beja, Evora, Sétubal, Santarém, Portalegre, Lis­ bonne, Castelo Branco et Faro. On note, cependant que, seule une partie de leurs superficies fut incluse dans la zone légale des expropriations prévue par la réforme agraire. (Il faut encore ajouter la natio­nalisation de propriétés foncières en vue de travaux d'aménagement hydro-agricoles, ce qui donnera un peu moins de 200.000 hectares). Ce maximum juridique n'est pas encore légalement atteint et, au 31 mars 1977, les terres légalement expropriées dans l'ensemble de ces districts atteint seulement 450.000 hectares ce qui ne représente que 30 % du maximum des terres expropriables. Cependant la situation de fait est autre car nous devons compter avec les expropriations non encore légalisées. La superficie des terres effectivement occupées va bien au-delà de celles déjà légalement expropriées (terres effective­ ment occupées, selon certains calculs : 1.080.000 ha ; selon des calculs plus récents : 1.130.000 ha), car elle dépend essentiellement de la force du prolétariat dans chaque district. Il vaut la peine d'introduire ici un tableau statistique plus complet :




Bien qu'inclus dans la réforme agraire, les districts de Lisbonne, Faro et Castelo Branco sont d'une importance réduite (le maximum des terres légalement expropriables n'était respectivement que de 8 %, 2,9 %, et 2,7 %, relativement à la superficie agricole utile de chaque district) ; Santarém n'a, à ce point de vue, qu'une importance moyenne. C'est dans les autres districts (Beja : 59%, Evora : 74%, Sétubal : 41 %, Portalegre : 63,8 %) que le processus a atteint les plus grandes dimensions. Ceci est parfaitement naturel si on se rappelle ce qui a été dit plus haut sur les grandes zones d'exploitation ; on sait en effet que ces quatre districts constituent une zone assez homogène où la grande ou très grande exploitation prédomine, face à l'importance pratiquement nulle des petites exploitations et au nombre très restreint des moyennes. Aussi, c'est précisément dans ces quatre districts que le pourcentage des salariés sur la population active agricole est le plus grand car ils concentrent (chiffres de 1970) plus de 125.000 des presque 445.000 salariés agricoles existant dans le pays, soit 28 % de ce total. Si le gros de la réforme agraire s'est développé avec un prolétariat agricole très fort, il est aussi très éclairant de vérifier que c'est précisément dans les deux districts où le pourcentage des salariés ruraux sur la population agricole active est le plus grand (Evora : 87,6 %; Portalegre : 83,2 %) que les résultats les meilleurs ont été atteints quant au pourcentage des terres occupées relativement à la superficie agricole utile et quant au pourcentage des terres occupées relativement au maximum légale­ment expropriable. Le district de Bejà, avec 77,7 % de salariés agricoles relativement au total de la population agricole active fut, de ces quatre districts, celui qui a obtenu les résultats les plus modérés dans le processus de la réforme agraire.


Nous avons vu jusqu'ici comme le processus de la réforme agraire a résulté d'une mobilisation authen­tiquement prolétarienne, indépendante de l'action, des syndicats, et anticipant les décisions politiques tactiques des appareils des partis « de gauche ». Quand ce processus s'est révélé trop général et profond pour pouvoir être réprimé, le pouvoir a alors décidé de le reconnaître afin de le contrôler. Et le texte même du décret-loi 406-A/75, du 29 juillet 1975 qui «fixe les normes auxquelles doivent obéir l'expropriation de propriétés foncières déterminées », reconnaît l'initiative autonome du processus de la réforme agraire en écrivant dans son préambule : «Ce processus n'a pas,constitué, (...) dans ce qu'il a de profond et d'essentiel, un fait ni une initiative du pouvoir d'Etat. » Mais il est évident que la publication de ce décret-loi, venant stimuler les plus craintifs et faisant reculer, au moins pour l'immédiat les paysans moins résolus, a aiguillonné le processus même des occupations en même temps qu'il cherchait à en définir les limites légales. Dans le cas du district d'Evora pour lequel nous disposons des données les plus complètes, on voit que du début janvier à la fin juillet 1975 eurent lieu 12,2 % du nombre total des terrains occupés jusqu'à la fin de cette année-là, ce qui correspond en superficie à 12,4% et à un rythme de croissance hebdomadaire de 0,44 %. Après la sortie de la loi dans les derniers jours de juillet, on voit que d'août au 25 septembre 1975, date à partir de laquelle furent interdites de nouvelles occupations, le rythme de croissance hebdomadaire des occupations fut de 5,5% En résumé, la loi, surgie dans un moment où le processus des occupations était déjà absolument irréversible, a contribué de jour en jour à le stimuler, au-delà du stimulus naturellement offert par les crises internes de la classe dominante particulièrement graves cet été-là. Mais les résultats finaux obtenus, et que nous avons analysés ci-de sus, montrent clairement que la dynamique générale du processus n'a jamais été due aux prétendus appui: légaux mais bien à la force prolétarienne effective.

De tout ce mouvement de luttes a résulté en 1976 la constitution d'un total de 449 unités collectives de production, coopératives et pré-coopératives ainsi réparties :




(-) Des données plus récentes indiquent 171 unités de production avec une surface moyenne de 2.546 ha. 
(--) Autres données, plus récentes : 536 unités de production, avec un total de 1.l30.000 ha. 

Cela signifie que, dans leur totalité, les nouvelles unités de production occupent erre 22 et 23 % de la superficie agricole utile totale. D'un côté, comme c'est évident, le plus grand nombre des nouvelles unités de production s'est constitué dans les zones où les occupations ont le plus avancé. De l'autre, pour expliquer les variations quant aux dimensions moyennes des unités de production dans chaque district, il faut certainement prendre en compte, en plus de la structure de l'exploitation antérieure à la réforme agraire, des critères politiques différents. 

II - 2) L'intégration économique de la réforme agraire dans le capitalisme.

Comme nous l'avons déjà dit, à partir du moment où ont eu lieu les occupations et où le prolétariat a dû organiser lui-même la production, les nouveaux critères dus aux relations sociales égalitaires et communautaires établies dans le processus de lutte sont entrés en conflit avec les critères de gestion capitaliste. Le contexte de la situation nationale et internationale a obligé le processus prolétarien de la réforme agraire à s'insérer économiquement dans le capitalisme dominant. Dès lors et jusqu'à maintenant les aspirations communautaires et les formes sociales et économiques qui en découlent sont restées en conflit avec une gestion basée sur le profit, gestion que le capitalisme environnant rend inéluctablement obligatoire.


Article publié dans SPARTACUS Socialisme et liberté Mensuel N°100 décembre 1978

sábado, 15 de fevereiro de 2014

LETTRE DU PORTUGAL de Joao BERNARDO (1978)

Depuis plusieurs mois le Portugal est en état de crise ministérielle ouverte ou latente, mais à Lisbonne ces histoires-là ne semblent pas intéresser grand monde. Pourquoi ce manque d'intérêt ? Selon certains commentateurs les gens seraient « fatigués » de toutes ces crises, « bien trop compliquées » pour retenir l'attention des travailleurs. Pourtant en 1975, alors que les crises gouvernementales étaient plus longues et bien plus compliquées, personne ne s'en désintéressait. En réalité les ouvriers portugais ne se montrent pas aussi « fatigués » de la lutte que certains le croient ou le désirent. Des grèves, certaines longues et assez dures, ont eu lieu récemment ou sont en cours, d'autres se préparent, et ce ne sont pas des grèves bureaucratiques où les ouvriers sont chez eux et les dirigeants syndicaux chez les patrons, mais des mouvements qui expriment une activité proléta­rienne réelle.

Les principales luttes présentes et à venir ont lieu au sud, dans les coopératives agricoles de la Zone de la Réforme Agraire : le gouvernement a en effet décidé de « réserver », de « concéder » une partie des terres et du bétail aux anciens propriétaires ; et il refuse tout dialogue préalable avec les travailleurs quant à l'emplacement et à l'étendue de ces « ré­serves ». Naturellement les travailleurs refusent de donner ces terres et s'y rassemblent à plusieurs milliers avec le concours des membres des autres coopératives de la région. La GNR (Garde Nationale Républicaine), qui sévissait déjà pendant le fascisme, réprime brutalement ces rassemblements. De la charge à cheval, sabre au clair, jusqu'aux évo­lutions d'automitrailleuses blindées ultramodernes, la GNR étale toute sa panoplie comme pour un musée vivant d'Histoire des Techniques de Répression.

Jusqu'à présent la solidarité envers les travail­leurs des coopératives agricoles du sud, de la part des prolétaires des autres secteurs de production, n'a pas dépassé le niveau des « réunions de protestation » dans les usines et des « grèves de solidarité » de courte durée. Cela empêche les travailleurs des coopératives de résister à la GNR avec d'autres armes que leurs mains. Mais dès que la GNR quitte les terrains contestés, les travailleurs les occupent de nouveau, et ainsi de suite, ce qui dénote, en plus de l'habileté tactique, un esprit de résistance à long terme. C'est sur ces faits que se porte l'attention des travailleurs bien plus que sur les crises gouvernementales, simples querelles, dans les classes dominantes, de divers clans de gestionnaires du capitalisme. Si les travailleurs s'étaient intéressés, en 1974 et 75, à ce qui se passait à l'intérieur de l'appareil d'Etat, c'est parce que dans ces années-là, cet appareil se trouvait forcé de se situer politiquement, dans l'immédiat, devant l'irrésistible pression du prolétariat sur des classes dirigeantes alors en désaccord entre elles. Il n'en est pas de même actuellement où, dans un appareil d'Etat réorganisé, les querelles internes n'intéressent plus que les classes dominantes, celles-ci ayant désormais, pour affronter les grandes luttes sociales, une position commune défendue par tous leurs représentants politiques et aussi par les dirigeants du P.C. Ces derniers, qui savent pourtant que la Zone de la Réforme Agraire est l'un de leurs plus puissants fiefs électoraux, font leur possible pour « ne pas enve­nimer les choses » : par exemple la Confédération Syndicale, où le PC est majoritaire, n'a donné qu'un ordre de grève limitée à un après-midi dans cette Zone et n'a proposé aux entreprises du reste du pays que des arrêts de travail de dix à trente minutes. Les bureaucrates syndicaux ont voulu qu'une fois satisfait, et vite, le « besoin moral » de solidarité, les ouvriers retournent aussitôt au travail. Mais à ce jeu les dirigeants du PC risquent fort de perdre la confiance des travailleurs. Ceux-ci ont déjà bien compris ce que représentent les crises politiques gouvernementales et ils ne s'y intéressent pas parce que leur affaire est ailleurs. Il n'y a pas lieu de parler de « passivité » ou de « manque d'intérêt politique » ; ceux qui, déjà en 1974, parlaient ainsi jusqu'au 24 avril, ont été bien étonnés le 25. Ce qui induit en erreur tous ceux qui ont le point de vue des classes dominantes pour observer les luttes prolétariennes, c'est qu'ils n'en aperçoivent que les reflets : pour les formes réelles ils sont aveugles.

Lisbonne, 1/11/78


Joao BERNARDO

Publié dans SPARTACUS socialisme et liberté Mensuel N°100 décembre 1978.

sábado, 8 de fevereiro de 2014

LA LUTTE AUTONOME DES TRAVAILLEURS

LA LUTTE AUTONOME DES TRAVAILLEURS

Le texte suivant est traduit du journal COMBATE, n°15, 17 janvier 1975 *

Ce journal, apparu après le 25 avril, était à l'origine le résultat d'un compromis entre militants de diverses tendances (voir Manifesto de Combate, n° 1, 26-6-74), issus en majorité de groupes d'orientation léni­niste. Depuis lors, confrontées à des dis­cussions internes et surtout au mouvement social et de luttes ouvrières, les positions du journal ont nettement évolué vers une critique des conceptions léninistes de l'action politique et du mouvement ouvrier. Il prend position pour l'organisation indé­pendante des travailleurs contre les syn­dicats, les partis et l'Etat, pour la liaison internationale des travailleurs. Combate, qui sort deux fois par mois, et qui est assez largement diffusé en milieu ouvrier (3000 exemplaires), accorde une place importante aux informations sur les luttes dans les quartiers, et sur les mouvements d'occupa­tions ; on y trouve, de plus, des discussions ou des table-rondes entre des travailleurs en lutte, des informations internationales et des analyses théoriques (l'éditorial). Il s'affirme comme : « une tribune libre ouverte à la libre expression de tous les travailleurs en lutte. Il est aussi un moyen par lequel les travailleurs peuvent échanger leurs expériences et renforcer ainsi leur organisation autonome dans le combat contre le capitalisme. (...) Combate s'ap­puie seulement sur les travailleurs, il n'est l'organe d'aucun parti ou groupe politique.»

Ces positions, cette évolution sont le produit de l'intensité des luttes qui ébran­lent la société portugaise, luttes qui sou­lèvent des problèmes nouveaux pour les travailleurs et les militants révolutionnaires. L'importance du texte réside dans le fait qu'il traduit les questions réelles que se posent actuellement, au Portugal, les mili­tants ouvriers les plus radicaux. Il exprime les « découvertes » et les changements de conscience de beaucoup de travailleurs consécutifs à leurs actions et aux difficultés et obstacles qu'ils y rencontrent. Il n'est pas le simple fruit d'une réflexion académique, mais plutôt celui d'une situation réelle com­plexe. Il montre que, au Portugal comme ail­leurs, la question fondamentale du nouveau mouvement ouvrier est celle de l'organisation autonome, qui permettra aux travailleurs de dominer consciemment leur force et de l'appliquer en vue des buts radicaux. Même si nous ne sommes pas d'accord sur toutes les positions et les pratiques des camarades de Combate, nous sommes solidaires d'une pratique militante qui a pour centre d'orientation cette question de l'autonomie ouvrière.

Sur le texte lui-même, quelques réflexions critiques nous semblent nécessaires. Tout d'abord la description des tendances plani­ficatrices (le rôle de l'Etat) au sein du capitalisme moderne, ainsi que du rôle qu'y joue le syndicat, nous semblent très simpli­fiés dans le texte. De même l'analyse du rôle intégrateur des syndicats modernes paraît très limitée. En effet, celui-ci n'est pas le produit des seuls « monopoles » comme le montre l'expérience des syndicats sociaux-démocrates allemands ou des syn­dicats de métier aux U.S.A. au XIX° siècle.


Il est donc faux de prétendre que tous les syndicats, « organisations de résistance des travailleurs », ont été éliminés par le capitalisme monopoliste. Au contraire, tant qu'ils sont restés des organisations de résistance (et ils le sont toujours sinon comment comprendre leur survie), ils n'ont pas été contradictoires avec la concentra­tion et l'accumulation du capital. A cet égard ils ont toujours été des organes inté­grateurs de la classe ouvrière. C'est pourquoi seules les organisations qui avaient opté pour une ligne d'action syndicaliste-révolu­tionnaire, comme ce fut le cas de la C.G.T. portugaise jusqu'aux années 30„ prenant une position d'attaque, et non de défense par rapport au capitalisme, ont été, elles, écrasées par la bourgeoisie. Aujourd'hui, comme toujours, seul le dépassement de ces organisations de défense, et des pratiques qui y sont liées — négociation avec le capi­tal, délégation de pouvoir —, peuvent ouvrir la voie à l'action émancipatrice des tra­vailleurs.

Paris, mars 1975.




LE DEVELOPPEMENT
DE L'ORGANISATION AUTONOME
DES TRAVAILLEURS
APRES SIX MOIS DE LUTTE


1. La signification actuelle des syndicats

Tous les camarades, auxquels l'histoire du mouvement ouvrier n'est pas totalement inconnue, ont sûrement remarqué que, jusqu'au développement des grands monopoles, au début du siècle, les syndicats étaient de véritables organisations de travailleurs, des armes dans leur lutte contre le capital. Au Portugal, où le grand capital monopoliste n'a commencé à dominer complètement la vie économique qu'avec le régime salazariste, la C.G.T. (Confédération Générale du Travail) a été, jusqu'à son élimination par le fascisme, un défenseur intransigeant de l'émancipation des travailleurs. Dans les pays industrialisés, ceux où on a vu, des décennies avant le Portugal, l'économie dominée par les monopoles, l'élimination des vieux syndicats ouvriers s'est accomplie beaucoup plus tôt.

De façon rapide et violente, comme ce fut le cas au Portugal, ou bien à travers une transition plus lente et pacifique, comme ce fut par exemple le cas en France, les syndicats ont cessé d'être l'instrument de lutte des travailleurs dans les lieux de production et se sont transformés en orga­nisation dont les planificateurs économi­ques des grands monopoles se servent pour organiser les travailleurs en fonction des intérêts des grands secteurs de la produc­tion capitaliste. Le syndicat n'est plus l'organisation des travailleurs dans leur résistance contre le capitalisme. Dans le cas du fascisme portugais, on l'a dit, l'élimi­nation du syndicat en tant qu'organisation de masse, va de pair avec la création d'or­ganismes liés aux syndicats, tel l'Institut National du Travail (1), éléments essentiels dans la planification de la force de travail. Des raisons technologiques, écono­miques et sociales font que le capitalisme est entré, avec les monopoles, dans une phase de planification. De la même façon que les capitalistes ont leurs organisations particulières pour la planification des di­vers aspects de la production et de la circulation des produits, de même ils ont des organisations qui planifient la distribution de la force de travail et de la masse sala­riale. Ces organisations sont les syndicats modernes. Le dirigeant syndical d'aujour­d'hui est le technocrate de la planification du travail.

C'est ce qui se passait chez nous sous le régime fasciste, c'est ce qui continue à se passer après le 25 avril. Au temps de Salazar et de Caetano, les syndicats et leurs structures annexes étaient, tout le monde le savait, des organes de gouvernement bourgeois fasciste. Aujourd'hui, les syndicats sont un organe du gouvernement bourgeois pro-parlementaire. Dans les deux cas ils restent des rouages de l'appareil d'Etat. En aucun cas, ils ne sont l'instrument de la lutte prolétarienne. Parmi les camarades qui nous lisent combien d'entre eux n'ont-ils pas été déjà intégrés au ministère du Tra­vail dans les commissions de travailleurs? (2) Là-bas, à côté du ministre, — le représen­tant officieux de l'ensemble des patrons en tant que classe — on trouve son bras droit, celui qui lui souffle à l'oreille les bons conseils, le délégué de l'Inter-Syndicale (3).

Sa fonction n'est pas de défendre les intérêts des travailleurs. Au contraire, elle est de conseiller et d'informer, dans les couloirs de la place de Londres (4), le ministre et le patronat sur les moyens les plus souples de tromper les travailleurs.

Ce rôle du syndicat, en tant qu'organisme de planification capitaliste du travail, ne résulte pas du fait que les dirigeants des syndicats et de l'Inter-Syndicale soient des réactionnaires, comme veulent nous le faire croire la majorité des petits groupes poli­ tiques actuels. Le mal n'est pas seulement dans le fait que la demi-douzaine de per­sonnes qui dirigent les syndicats sont réactionnaires ; il est dans la structure même des syndicats. C'est pourquoi, même dans les rares cas où les syndicats ont à leur tête des travailleurs révolution­naires, leurs possibilités d'action restent très limitées.

Le caractère réactionnaire des syndicats est essentiellement dû au fait qu'ils essaient de conduire les luttes ouvrières de façon extérieure aux masses travailleuses qui y sont engagées. Il y a d'autres raisons, mais elles sont subordonnées à celle-ci, et moins éclairantes dans le moment actuel de la lutte de classe dans notre pays ; c'est pourquoi, et pour être brefs, nous allons seulement considérer cet aspect fondamental.

Les dirigeants syndicaux pensent qu'ils peuvent conduire les luttes, indépendam­ment de l'opinion des travailleurs, sans même les informer, car — disent-ils — les travailleurs leur ont délégué leur pouvoir. Sans rester prisonniers des mots, nous pouvons remarquer que cette idée de « délégation de pouvoir » ne tient pas debout ! C'est la bourgeoisie qui justifie ses struc­tures d'État par cette idéologie, surtout la bourgeoisie parlementaire. Mais en fait, le pouvoir, qu'est-ce que c'est ? Le pouvoir, ou bien on l'a ou bien on l'a pas, et lorsqu'on le délègue, on ne l'a plus ! Lorsque les masses tra­vailleuses d'une entreprise luttent et déci­ dent collectivement de cette lutte, alors c'est qu'elles conservent entre leurs mains ce pouvoir de décision C'est ainsi qu'elles développent leur cohésion et leur capacité d'organisation. Lorsque l'action des masses travailleuses est constante, cela leur permet d'augmenter leur compréhension de la réalité des formes d'organisation collective et communautaire se déveleloppent, à l'intérieur desquelles germe la société commu­ niste. Mais si le pouvoir de décision et d'action est retiré aux masses, par le mythe de la « délégation » ou autrement, elles tombent dans la passivité et devien­nent alors incapables de développer des formes sociales antagoniques à la société bourgeoise. Retirer aux masses prolétaires leur capacité d'action et d'initiative constitue toujours, une façon de perpétuer la société bourgeoise.

Au Portugal, la grande majorité des travailleurs a vu clairement, à travers leur expérience de lutte, que les syndicats gar­daient, après le 25 avril, la même fonction d'organes dépendants de l'Etat qui les caractérisait pendant le fascisme. Cette compréhension a été favorisée par le fait que ces syndicats ont été « conquis » à partir du sommet, par un processus purement bureaucratique, gardant, dans la majorité des cas, la même structure organi­sationnelle (5).

2. Le dépassement des syndicats par les Commissions de Travailleurs

Considérant ce décalage total des Syndicats par rapport aux masses, les travailleurs ont créé et développé un autre type d'organisation : les Commissions de Travailleurs (C.T.). C'est ainsi qu'en très peu de temps les C.T. sont apparues dans la presque totalité des entreprises en lutte, dans un rapide et puissant mouvement. Ce développement des C.T. est l'expression la plus évidente du manque de confiance des travailleurs dans les syndicats. Mais pour­ra-t-on dire, comme un observateur superficiel serait tenté de le faire, que c'est la démocratie qui règne parmi nous, dans la gestion des luttes ouvrières et que ce sont les masses travailleuses elles-mêmes qui gardent entre leurs mains l'initiative et le pouvoir dans le combat contre le capital ? On est bien loin d'une telle situation !

3. Les limites des Commissions de Travailleurs existantes.

On en est bien loin car cette démocratie formelle est presque toujours contredite lorsqu'on analyse la réalité des faits. En beaucoup de cas, la C.T. se limite à être l'intermédiaire entre le syndicat et les travailleurs. Si cela montre l'extériorité du syndicat vis-à-vis du prolétariat, cela montre aussi que, dans ces cas, c'est le syndicat qui continue à diriger toutes les négociations avec le patronat ; la C.T. se borne à dire au syndicat ce que les travailleurs aimeraient qu'il fasse et à transmettre aux travailleurs ce que le syndicat a décidé de faire (c'est ce qui se passe par exemple chez Abel A. de Figueredo (6). Dans ces cas, bien que le syndicat n'ait aucune implantation parmi les travailleurs, c'est la C.T. qui va mettre les travailleurs à la remorque de la direction du Syndicat.

Dans d'autres cas, c'est la C.T., élue, qui va jouer elle-même un rôle réactionnaire, ceci dû au fait que ses membres constituent une couche privilégiée, qui n'est par­ fois même pas constituée par des ouvriers. C'est souvent qu'on voit des ingénieurs, des cadres techniques de formation universi­ taire, d'ex-dirigeants des associations étudiantes ou activistes dans les divers groupes étudiants qui, non sans humour, s'intitulent eux-mêmes « parti des travailleurs ceci » ou « parti des travailleurs cela », et qui se font élire aux C.T. en les utilisant comme lieu de manoeuvre de leurs positions sectaires. C'est ainsi qu'on peut analyser le cas d'une C.T. réactionnaire qui était constituée par le personnel de bureau d'une usine. Les ouvrières de chez Charminha (7) qui se trouvaient en auto-gestion — donc dans une forme de lutte bien avancée —sont restées longtemps sous la domination d'une Commission constituée par du personnel de bureaux qui gagnait le double ou le triple des ouvrières. Il s'agissait, en fait, de nouveaux exploiteurs. Mais avec le développement de la lutte, et à travers le contact avec la lutte de la Sogantal (8), les travailleuses de Charminha ont compris le caractère réactionnaire de cette Commission et l'ont remplacée par une autre constituée par des ouvrières.

Parfois, tout en étant formée par des travailleurs non-privilégiés, la C.T. reproduit complètement le système de fonctionnement des syndicats réactionnaires. C'est le cas chez Propam (9), où la C.T. n'informait pas les travailleurs du résultat des négociations qu'elle entretenait au ministère du Travail. Encore plus extraordinaire est le fait que les travailleurs eux-mêmes étaient d'accord avec de tels procédés, d'accord pour ne pas être informés ! On trouve ici un cas extrême d'abandon, de la part des ouvriers, de leur rôle de contrôle sur la lutte. Bien entendu, c'est ainsi qu'on reproduit les rapports de domination existants dans la société capitaliste et qu'on renforce les hiérarchies créées par la bourgeoisie.

Dans d'autres cas encore, et ils constituent peut-être les plus fréquents ce qui rend tout exemple inutile, la C.T.. même si elle tient les masses ouvrières informées de toutes ses actions et si elle les consulte avant toute initiative, et bien qu'elle soit constituée par des travailleurs non-privilégiés et de vrais révolutionnaires, bien qu'elle comprenne le contenu réactionnaire des syndicats, et qu'elle ne subordonne pas la lutte aux bureaucrates syndicaux —finit par s'isoler des travailleurs. Elle s'isole non parce qu'elle est devenue réactionnaire, mais parce que les travailleurs sont retom­bés dans la passivité. A quoi est-elle due, cette passivité ?

Répondre à cette question c'est toucher le cœur du problème, c'est expliquer pourquoi ces C.T. Ne sont pas si démocratiques qu'elles semblent à première vue  .

Elire une C.T. exprime un degré élevé d'activité des masses travailleuses. Dans les premiers temps, cette activité de masse se manifeste dans le contrôle de la C.T. par tous les travailleurs. Au début, ce sont effectivement les masses qui décident ce que la C.T. exécute. Mais, petit à petit, la distinction entre les masses et les exécutants commence à réapparaître. Ce sont toujours les mêmes — les membres des C.T. — qui ont le pouvoir d'exécution, et, sans s'en apercevoir, alors que les masses travailleuses délaissent toute initiative, la C.T. se l'approprie. C'est à ce moment que la C.T. s'isole des masses. C'est alors que le patronat, profitant de cette séparation et de cet isolement, attaque la C.T., licencie les ouvriers les plus révolutionnaires, exerce enfin son activité répressive.. Pourquoi ? Parce que les travailleurs avaient été éloi­nés de tout travail pratique direct, et étaient ainsi retombés dans la passivité.

A partir de là, il est possible de comprendre une autre des limites les plus communes des C.T. pendant cette même période ; la grande difficulté dans l'unification des diverses C.T., dans la publication d'un organe de presse propre aux inter-commissions, etc. Parmi les diverses tentatives faites pour mettre en rapport les C.T., le résultat le plus important a été la grande manifestation prolétaire de septembre 1974 (10). Mais, par la suite, cette tâche de mettre les luttes en rapport n'a pas été assumée, l'inter-commissions est morte et d'autres organismes qui essaient de mettre sur pied un travail de liaison des luttes ouvrières ne réussissent pas à garder une existence réelle. Ce qui se passe dans la réalité c'est que ce sont des individus, appartenant à quelque C.T. qui se réunissent, et non les masses travailleuses des diverses entreprises. Ceci signifie que ces réunions reposent, dès le départ, sur le maintien des masses ouvrières dans un certain état de passivité et si d'un côté elles peuvent momentanément contribuer à la liaison des luttes, d'un autre côté elles contribuent aussi à aggraver la scission entre ces C.T. et les masses travailleuses.

4. Développement des Commissions dans un sens révolutionnaire

Si on regarde l'expérience de lutte ouvrière dans d'autres pays où ces mêmes questions se posent, nous pouvons voir de quelle façon on essaye de les résoudre. Dans plusieurs luttes, devenues célèbres par la combativité, la cohésion et l'activité des masses travailleuses, les ouvriers n'ont pas élu des commissions définitives chargées de tout le travail exécutif. Ils ont élu diverses commissions, chargées chacune d'une tâche particulière, toujours avec un caractère provisoire. Ainsi on empêche la création d'un groupe d'ouvriers qui dé­ tient tout le pouvoir politique, considérant que ce pouvoir exécutif se trouve réparti dans diverses commissions ; on ne crée pas non plus une séparation entre les masses et l'activité exécutive directe, car le caractère provisoire des commissions fait que la grande majorité des travailleurs assume, à tour de rôle, les fonctions exécutives pendant quelque temps (11). Ainsi, non seulement les commissions ne s'isolent pas des masses, mais les travailleurs ne perdent pas non plus l'esprit combatif et d'activisme , révolutionnaire. Il s'agit de diriger la lutte, ce qui contient en soi des éléments de la société communiste.
La bourgeoisie essaie de séparer le mouvement ouvrier par pays et d'empêcher que les travailleurs portugais connaissent l'expérience de lutte des travailleurs d'autres régions. La pratique de lutte du prolétariat contre les exploiteurs mène celui-ci, dans toutes les sociétés, à développer des formes sociales d'organisation fondamentalement identiques — des formes sociales communistes. Assimiler l'expérience du prolétariat des autres pays, voilà ce qui permettra aux travailleurs portugais un développement plus rapide des formes autonomes d'organisation ouvrière.

Le dépassement des syndicats et la création des C.T., voilà ce qui nous semble être le bilan positif des six derniers mois de lutte.

Le développement de la démocratie à l'intérieur des C.T., la fin de la séparation entre les masses ouvrières et l'exécution directe des tâches pratiques, voilà le chemin à suivre dans l'organisation autonome des travailleurs.

La libération des travailleurs ne pourra venir de personne d'autre que des travail­ leurs eux mêmes organisés de façon autonome.


Combate, Lisbonne, 17 janvier 1975





Annexe

Sur l’évolution de la Commission Inter-Entreprises et autres formes nouvelles d’organisation

Sur la Commission Inter-Entreprises (CIE) quelques informations et réflexions aideront à la compréhension de son développement et de son impact actuel.

Les premières réunions de la CIE ont eu lieu en septembre 1974, elles ont abouti à la manifestation dont il est parlé dans le texte de Combate. Elle était alors composée par des éléments des CT des usines ou entreprises les plus combatives et elle se réunissait de façon plus ou moins informelle. Dès son origine la CIE se constitue sur une base nettement anti action syndicale traditionnelle et anti-PC. Vers le début de 1975 la CIE prend une forme plus organisée, un secrétariat est élu par les diverses CT, un bulletin de liaisons inter-entreprises, avec des informations de lutte, est publié par le secrétariat. Des assemblées générales, ouvertes à tous les travailleurs, ont lieu à Lisbonne. La CIE regroupe surtout des CT des grandes entreprises modernes de la région industrielle de Lisbonne : électronique (EFACEC ― Westinghouse), métallurgie, transports (TAP), chantiers navals (LISNAVE), textile, etc.

La manifestation du 7 février 1975, contre le chômage, qui regroupe plus de 20 000 personnes dont une majorité d’ouvriers en bleu de travail, donne la mesure de sa force et de son implantation. Dans cette manif les groupes politiques ne sont pas admis en tant que tels, ni avec leurs banderoles, sigles ou mots d’ordre. Pour la CIE « il s’agit d’une manifestation ouvrière ». Seuls les mots d’ordre des diverses CT sont présents : « Non au chômage », « Non aux heures supplémentaires », « À bas le capitalisme », « Salaire minimum, salaire de faim ». Le 20 mars la CIE organise à nouveau une manifestation qui regroupe plusieurs milliers de métallurgistes contre le contrôle du PC sur la direction du Syndicat des métallurgistes. Le siège syndical est occupé, l’armée intervient afin de faire évacuer les locaux.

La CIE prétend lutter pour un « syndicalisme de base », non bureaucratique. Derrière cet objectif inaccessible, on trouve dans la CIE la forme d’organisation ouvrière la plus avancée issue du mouvement social au Portugal ; un désir de lutte très radical, un refus des méthodes d’action syndicale traditionnelle, et une critique bien exprimée de l’action et du rôle du PC. Il est vrai, comme le dit l’article de Combate, qu’elle ne contribue pas à éliminer la coupure existant souvent entre les masses ouvrières et les CT. Mais la permanence de l’agitation ouvrière dans les grandes concentrations (Lisnave, Tap), le recours constant aux assemblées générales — au contraire de ce qui se passe dans les CT contrôlées par le P.C. (12) — tout cela maintient un rapport réel, bien qu’ambigu, entre les masses ouvrières, les CT et la CIE. Autrement, comment expliquer la participation massive et enthousiaste des ouvriers aux manifs et aux actions organisées par la CIE ?

Le contenu anti-réformiste de ses actions, l’opposition frontale au PC et même aux groupes maoïstes orthodoxes — le MRPP (13) considère ses actions comme relevant du « syndicalisme révolutionnaire » ! — la mise en avant de mots d’ordre ouvriers et d’action directe et démocratique, le combat ouvert contre le pouvoir bourgeois, tout cela fait de l’existence de la CIE et de sa capacité de mobiliser des masses importantes d’ouvriers radicaux, un élément très important dans la situation sociale portugaise. Pour le nouveau pouvoir et pour la bourgeoisie elle exprime l’existence réelle d’un courant gauchiste organisé, au sein de la classe ouvrière. Ce qui n’est pas, après tout, chose très courante dans le mouvement ouvrier à l’échelle mondiale !

Il est vrai aussi que l’activisme d’ouvriers appartenant à des organisations gauchistes est, dès le début, très important au sein de la CIE. Mais cela est une donnée de tout mouvement radical qui naît et s’organise aujourd’hui sur, et contre, les remparts du vieux mouvement ouvrier. Comment pourrait-il en être autrement ? Néanmoins, tant que l’agitation sociale persiste et que les masses ouvrières ne tombent pas dans une passivité totale, aucun groupe politique ne peut prétendre avoir le contrôle permanent de la CIE, leur influence changeant d’ailleurs selon les modifications des luttes. Il est par contre important de voir comment quelques-uns de ces groupes, influences, eux, par les expériences et les questions soulevées par leurs propres militants ouvriers, évoluent et s’ouvrent à une critique de l’action politique traditionnelle (14).

Aujourd’hui les formes d’organisations ouvrières indépendantes, CT et CIE, ne sont plus isolées au Portugal. La poursuite et la radicalisation du mouvement social, l’instabilité et l’immobilisme du nouveau pouvoir, font apparaître d’autres formes d’organisation et d’action directe, au niveau social. Les occupations de maisons en zones ouvrières, la création de cliniques, crèches et écoles « populaires » se généralisent, affolent la bourgeoisie qui à juste titre y voit une atteinte à la propriété privée, et permettent à un nombre chaque fois plus grand de prolétaires d’agir directement sur le changement de leur propre vie. La prolifération de ces organisations et leurs liens avec celles de la production, ouvrant des perspectives nouvelles au mouvement de transformation radicale de la société. Ce sont ces tendances que les camarades portugais semblent déceler, eux aussi, dans la phase actuelle du mouvement social au Portugal. « En ce moment, l’orientation qui semble être prise par les travailleurs révolutionnaires est la suivante : formation de noyaux de travailleurs, sur les lieux de travail, d’habitation, etc., préjugeant les idées d’auto-organisation collective ; fédération de ces noyaux, tout en leur conservant leur autonomie, de façon à permettre l’organisation de manifestations de rue et surtout de mouvements de masse dépassant les murs de chaque entreprise. Ces noyaux doivent agir en s’appuyant sur les CT réellement autonomes qui existent et en dénonçant la bureaucratisation et les manipulations des partis dont les autres sont victimes. Sur les lieux d’habitation, ou de travail, où des CT n’existent pas encore, ces noyaux révolutionnaires doivent aussi se former et agir dans le sens de la création de Commissions de délégués (sur les lieux de travail) et de formes coopératives sur les lieux d’habitation (crèches avec des responsables rotatifs, création de centres de discussion, journaux de quartier, etc). » (15)

Paris, mars 1975



Post-scriptum



19 avril 75 : Ouverture du Congrès National Pro-Conseils Révolutionnaires. Il réunit plusieurs centaines de travailleurs liés à l’organisation des Commissions Inter-entreprises, qui sont à l’origine de la manifestation contre le chômage du 7 février 75. Y assistent donc des travailleurs de diverses entreprises dans tout le pays, ainsi que des militaires de diverses unités. Ont été invités tous les partis qui se trouvent à la gauche du PS, ainsi que des organisations de travailleurs comme l’Intersyndicale et la BASE — Front Unitaire des travailleurs, des représentants du COPCON et du Conseil de la Révolution, et des organisations étrangères comme Lotta Continua d’Italie.

Il s’agit pour ces travailleurs de faire avancer qualitativement les luttes sur les lieux de travail, ainsi que de développer leur capacité d’intervention politique, et d’apprécier les propositions de création immédiate de conseils révolutionnaires. D’après le manifeste distribué, « ces organes, expression du pouvoir de la classe, seront son avant-garde et sa sentinelle dans la situation politique actuelle, où s’approche le coup décisif, ultime recours de la bourgeoisie. (…) Ces conseils révolutionnaires devront avoir des moyens défensifs et offensifs, y compris des armes, afin de pouvoir répondre efficacement aux attaques de la bourgeoisie et consolider le pouvoir du prolétariat. »

L’initiative de ce congrès pour la création de conseils révolutionnaires est née du fait que « la classe ouvrière se trouve divisée par suite de l’action électoraliste des partis politiques », et de la nécessité de s’organiser dans les entreprises, les casernes, les immeubles d’habitation.

Dans la plate-forme issue du Congrès, les taches énoncées sont l’élection immédiate de conseils révolutionnaires dans tout le pays et l’établissement de relations étroites entre militaires et travailleurs révolutionnaires ; il est affirmé que « l’affrontement avec l’impérialisme est inévitable à court terme, et que la défaite de celui-ci n’est pas possible avez l’armée qui existe actuellement ni avec les directions des partis politiques, mais qu’elle nécessite « l’organisation de la classe en armes ». Les conseils révolutionnaires « ne s’opposent ni ne se substituent aux commissions de travailleurs, mais ils considèrent que celles-ci jouent un rôle revendicatif et que les conseils révolutionnaires sont une forme plus avancée, directement politique, pour la prise du pouvoir ».

Ils se donnent ainsi comme objectif : « Organiser et armer la classe de toute urgence pour écraser le coup d’État réactionnaire probable, à l’intérieur comme à l’extérieur, et s’organiser pour la prise et l’exercice du pouvoir par la classe ; formation d’une véritable armée révolutionnaire du prolétariat. (…) Les CRT pourront devenir l’embryon du véritable parti révolutionnaire qui sera l’avant-garde de la classe dans la construction du socialisme ; s’emparer, progressivement, du contrôle de l’administration, de la gestion et de la direction dans les entreprises, les champs et les casernes. Chaque conseil révolutionnaire doit définir en chaque lieu des objectifs concrets et immédiats. (…) Les CRT au pouvoir auront pour tâche : la planification socialiste de l’économie, qui s’oppose à l’autogestion dans la libre concurrence et au capitalisme d’État. La révolution culturelle et tout un plan social de profonde modification des structures économiques, sociales et politiques, pour la construction d’une société communiste par la dictature du prolétariat ». (A Capital, 19 et 20 avril 75.)

Ces Conseils révolutionnaires de travailleurs, Soldats et Marins (CRTSM) se sont réunis une nouvelle fois le 11 mai 75 à Porto, pour analyser la situation, discuter leurs objectifs et élire un secrétariat. Le document final réaffirme que les CRTSM doivent être élus en assemblée générale (d’entreprise, d’unité, ou de section, ou de compagnie) ; être contrôlés par ces assemblées générales dont ils doivent exécuter les résolutions et auxquelles ils doivent rendre des comptes.

Remarques à propos du texte de « Combate »

« Développement des Commissions dans un sens Révolutionnaire »

S’il est vrai que « la bourgeoisie essaie de séparer le mouvement ouvrier par pays et d’empêcher que les travailleurs portugais connaissent l’expérience de lutte des travailleurs d’autres régions », il me paraît cependant que les camarades s’illusionnent un peu sur ces autres expériences concernant les commissions de travailleurs.

Les ouvriers ont souvent fait éclater le pouvoir en de multiples commissions ; dire que ces commissions n’étaient pas définitives et pas chargées de tout le travail exécutif est peut-être abusif.

Je crois que les camarades pensent particulièrement à la France et à l’Italie.

En Italie, les « commissions particulières » (p. ex. chez Alfa-Roméo ou à la Siemens) se sont formées sur des aspects bien définis de la lutte : commission « cadences », commission « sécurité », commission « hygiène » ; elles permettent, certes, une participation active d’un plus grand nombre d’ouvriers, mais surtout pour fournir des informations à un organisme plus permanent, plus central, que sont les commissions internes ou les conseils d’usine ; le plus souvent elles ne pèsent pas d’un poids réel sur la lutte sinon au tout début du conflit ; elles interviennent parfois directement avec les ouvriers concernés, mais plus pour « contrôler » ou faire apparaître un nouveau problème (ce qui est déjà beaucoup !) que pour se situer au niveau de la stratégie d’ensemble concernant l’entreprise ou la branche d’industrie. Ce sont finalement des institutions périphériques, témoignant d’une passivité moins grande, peut-être d’une démocratie plus réelle, mais qui ne diminuent que fort peu la distance qui existe entre l’ensemble des ouvriers en lutte et les instances de négociations où s’élabore la stratégie. Elles servent aussi de lieu de « recrutement » des éléments les plus actifs, pour alimenter en militants moins coupés de la base lesdites institutions centrales. Le problème est que, comme le remarquent les camarades de « Combate », ils se coupent très vite à partir de ce moment-là.

L’exemple français (Lip, ORTF, 22 mars…) montre que ces « commissions », même si elles sont ouvertes, sont constituées d’un noyau fixe de gens qui lui, ne varie guère. Ils deviennent vite des spécialistes (relations extérieures, ravitaillement, animation, etc.) qui mettent en place des mécanismes de fonctionnement qu’il est difficile de remettre en cause au nom de l’efficacité (on ne peut « perdre de temps à mettre sur pied un autre fonctionnement »), et sans porter atteinte à « l’intégrité », à la bonne foi des camarades qui ont assumé la fonction. Souvent, les mécanismes de gestion de ces commissions sont inconsciemment faits pour que personne ne puisse y pénétrer ; et c’est « bien normal » tant le rapport de proximité que ressent celui qui le met en place, tranche avec « l’irresponsabilité » et « l’éloignement » habituel dans le travail. Bref, le problème est très compliqué, mais je pense que dans ce domaine aussi, les travailleurs doivent s’en tenir à leur propre expérience plutôt que de chercher ailleurs des solutions (à des problèmes réels) qui n’ont peut-être pas été trouvées.

La note 8 du texte de « Combate » nous apprend qu’à la Sogantal, les commissions ont réellement « tourné ».

C’est le seul exemple, si cela est vrai, que je connaisse. La Sogantal, c’est au Portugal ! Il y a eu certainement d’autres cas semblables ailleurs, et il serait intéressant de les connaître, de savoir « comment ça a fonctionné réellement » et d’ouvrir un dossier là-dessus.

Martin


(1) Institut National du Travail : orga­nisme de l'Etat Salazariste s'occupant de toutes les questions concernant la « formation », « les loisirs » et « l'étude des problèmes » concernant la force de travail.

(2) Le Ministère du Travail est, depuis le 25 avril, aux mains des cadres et technocrates du P.C., dont beaucoup ont acquis une expé­rience de bureaucrates syndicaux pendant le régime fasciste. Aucun changement structurel n'a été introduit dans le ministère qui fonctionne comme au bon vieux temps !

(3) Inter-Syndicale : le germe d'une nou­velle Confédération Nationale du Travail, cons­tituée par les représentants des directions syndicales dont la majorité sont aux mains du P.C. C'est déjà un appareil assez puissant qui mobilise des masses importantes de travailleurs.

(4) Place de Londres : emplacement du Ministère du Travail.

(5) Cette « conquête » fait référence à la façon dont les forces réformistes parlent de la prise de pouvoir des directions syndicales après le 25 avril, expulsent les dirigeants fascistes.

(6) Abel A. de Figueiredo : usine textile à Saint-Tirso (près de Porto), 500 ouvriers, production en baisse depuis 9 ans. Première grève et reprise sous la pression syndicale ; en décembre, deuxième grève pour la revendication de salaire minimum. C.T. élue par l'en­ semble des ouvriers ; le personnel des bureaux appuie le patron. Le patron se refuse à négo­cier avec la C.T. Négociation entre le syn­dicat et le patron.

(7)  Charminha : usine de vêtements, Lis­bonne. Le patron est un ancien officier nazi. 200 licenciements dans les deux dernières années. Grève pour l'augmentation salariale et contre les licenciements, le patron quitte le pays sans payer les salaires. Les travailleurs commencent a produire et à vendre directe­ ment. Le Ministère du Travail refuse une aide pour la constitution d'une coopérative de pro­duction ouvrière. Le personnel des bureaux contrôle la C.T. et garde des salaires très élevés. Après discussion avec les ouvrières d'une autre usine (Sogantal), les ouvrières élisent une nou­velle C.T.constituée par des ouvrières et éloi­gnent les employés des bureaux du contrôle de la lutte.

(8) Sogantal: usine de vêtements, Montijo (sud de Lisbonne), capital français. Une des luttes les plus riches dans la vague de grèves après le 25 Avril. 50 ouvrières en grève pour des augmentations salariales. l'usine est occu­pée, on produit et on vend. Les salaires sont égalisés et les diverses tâches (production, comptabilité, vente) sont effectuées par toutes les ouvrières, à tour de rôle. Le patron quitte le pays revenant plus tard avec un commando qui occupe l'usine pendant la nuit avec le consentement du gouvernement portugais, la population de la région donne l'assaut à l'usi­ne ; intervention de l'armée qui dégage le com­mando patronal et le protège, jusqu'à sa sortie du pays. Grand mouvement national de soli­darité, lutte très ouverte vers l'extérieur, contacts avec d'autres usines.

(9).Propam : industrie du pain, Setubal, 150 ouvriers. Lutte avec occupation pour des aug­mentations salariales, contre les licenciements et épuration de l'Administration. Une CT est élue, composée par le personnel des bureaux  ?

(10). Il s'agit d'une manifestation contre la répression dans la grève de la TAP et contre les licenciements. Pour ce qui est des développements plus récents de la Commission Inter-Entreprise voir Annexe.

(11). Comme c'était le cas dans la lutte chez. Sogantal.

(12). Exemple : la Commission de Travailleurs de Alfeite (chantiers navals de la marine nationale) où les assemblées générales « sont peu fréquentes afin d’éviter les manipulations faciles vu la très faible politisation de la base » — Le Monde, 30 et 31 mars 1975.

(13). MRPP, Mouvement pour la Reconstruction du Parti du Prolétariat ; groupe maoïste implanté surtout en milieu étudiant et dans quelques usines (à côté d’autres groupes maos, comme l’UDP, assez fort parmi les jeunes ouvriers). Le MRPP s’était préparé à participer aux élections d’avril 1975, mais il en avait été exclu (en même temps que l’AOC, autre groupe maoïste très minoritaire s’étant placé à la remorque du PS, et que le PDC de droite) avant d’être finalement interdit. Menant de vives attaques non seulement contre le PCP, mais aussi contre le MFA lui-même, le MRPP, après ses interventions contre des « suspects », a été accusé de faire œuvre de division au sein du MFA, et fin mai entre 3 et 400 de ses militants ont été arrêtés par le COPCON.

(14). La critique de l’action parlementaire a été développée par deux groupes d’inspiration léniniste marquée : la LUAR et le PRP-BR. La LUAR (qui publie le journal « Fronteira ») est un groupe activiste qui luttait depuis 1967 contre le régime fasciste, par actions armées, attentats, détournements d’avions, etc. Partisan d’un processus de socialisation allant plus loin que les simples nationalisations et que les objectifs de simple développement de la production, la LUAR soutient les luttes autonomes des travailleurs à travers leurs organismes de base, conseils de travailleurs et de paysans, commissions de quartier et d’habitants, etc., organismes d’autogestion constituant les éléments du pouvoir futur de la classe ouvrière : elle prône également un syndicalisme de base, sous contrôle des travailleurs eux-mêmes et non des directions syndicales ; elle appuie les luttes anti-colonialistes et anti-impérialistes, et critique les ambiguïtés du MFA. La LUAR a pris l’initiative d’un mouvement d’occupation d’immeubles et de maisons vides, à usage d’habitation, de crèches ou d’hôpitaux populaires, mouvement qui s’est largement étendu et a reçu ensuite le soutien d’autres groupes. La LUAR s’est tenue entièrement à l’écart du processus électoral.
C’est aussi le cas du PRP-BR (Parti Révolutionnaire du prolétariat — Brigades révolutionnaires), issu des Brigades Révolutionnaires actives dès 1972 : attentats contre des casernes et du matériel militaire, contre des bases de l’OTAN, etc. Au slogan électoraliste « O voto è a arma do povo », le PRP oppose « A arma è o voto do povo » (l’arme est le vote du peuple) — « Non aux élections de la bourgeoisie ». Dans la ligne de sa critique des partis (et des syndicats), le PRP soutient lui aussi les formes de pouvoir autonome de la classe ouvrière, les commissions de travailleurs, élues et révocables, organes de la dictature du prolétariat. Ce parti, refusant le rôle de direction des luttes ou d’avant-garde dirigiste, se donne pour tâche l’analyse politique de la situation, et la propagation par ses militants des perspectives révolutionnaires dans les organisations autonomes de lutte. Son journal « Revoluçao » donne (comme « Fronteira » de la LUAR) de nombreuses informations sur les luttes autonomes qui se déroulent dans les entreprises. Ces deux groupes ont appuyé et aidé à faire connaître les plus avancées de ces luttes, comme celle de la TAP, des CTT, de la LISNAVE, etc. Ils sont actuellement en discussion sur le rôle du parti par rapport aux organisations de type conseils.

(15). Combate, Éditorial, n° 19, 14 mars 1975.

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* Article paru dans la Lanterne noire revue anarchiste première année – 3 * / Cette traduction et sa présentation nous ont été transmises par un camarade qui n'ap­partient pas au collectif de La Lanterne noire. (note d'époque) - ( Les notes sont du traducteur).