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quinta-feira, 27 de março de 2014

Sur la lutte des classes au Portugal (1969)


Sur la lutte des classes au Portugal (1969)


Il est extrêmement rare de trouver dans la littérature révolutionnaire internationale des références à la situation de la lutte des classes au Portugal. Mis à part quelques communiqués d'organisations se réclamant d'un anti-fascisme obtus, les luttes de la classe ouvrière portu­gaise et des secteurs estudiantins les plus avancés sont totalement inconnues. C'est la raison pour laquelle nous avons jugé utile de donner dans les limites de quelques pages, une idée générale de la phase actuelle de ces luttes et de son impact croissant dans la réalité sociale portugaise.

Il y a lieu, tout d'abord, d'indiquer sommairement les étapes les plus marquantes du développement capitaliste au cours de ces dernières années. Après une longue période de "conditionnement industriel", de stabilisation relative des prix et de blocage, voire de diminution, des salaires - période qui débute avec l'intervention financière étatique, qui caractérisa l'avènement de Salazar (coup d'état du 28 Mai 1926), et qui se prolonge, grosso modo, jusqu'à la 2e guerre mondiale - le capitalisme portugais a commencé à poser dès la fin de la guerre les premiers jalons d'une industrialisation timide, mettant à profit les réserves accumulées pendant la guerre (fournitures diverses aux différents belligérants, notamment des minerais rares; hausse des prix des produits colo­niaux, etc). La décennie de 50 a vu la lente installation de l'infra­structure industrielle sous la direction du capital financier, en liai­son étroite avec le capitalisme international. Vers les débuts des an­nées 60 - avec le déclenchement des guerres coloniales (Angola, 1961), agissant comme un coup de fouet - le processus est entré dans un rythme accéléré, très vite renforcé par les devises apportées par les touristes et envoyées, notamment de France, par les travailleurs émigrés (dont le nombre s'est élevé, pour la France seule, à plus de 300 000). Ces deux apports s'élèvent à l'heure actuelle à plus de 400 millions de dollars par an.

L'afflux de capitaux étrangers, attirés par les bas salaires et par te faible taux d'imposition, n'a pas manqué de contribuer à la restructuration de la production et du commerce extérieur. La part du produit agricole dans le PNB descend à 25% en 1960 et peut-être à 15% à l'heure actuelle; de même la part des produits manufacturés dans l'exportation passe de 1/3 en 1954 à 2/3 en 1966. Le PNB a fait un bond de 150% depuis 15 ans. La demande en matière de main d'oeuvre tant soit peu spécialisée et le dépeuplement des campagnes (par l'émigration et le service militaire, la population agricole passe de 50% en 1950 à 40% en 1960 et ne doit pas dépasser 25% en 1970) aboutissent au déblocage des salaires dans la région de Lisbonne, les salaires industriels ont augmenté de plus de 70% de 1958 à 1965; dans les campagnes le salaire moyen a augmenté de 175% en 10 ans. Seules les réserves monétaires et les investissement industriels ont permis jusqu'à présent de garder un cer­tains contrôle sur un processus inflationniste.

Grace à ces différents apports, la balance des paiements est devenue régulièrement bénéficiaire depuis 1965, au moment même ou les exportions augmentent plus vite que les importations. L'extinction progressive des zones d'autosubsistance, la liquidation des secteurs les plus arriérés de l'agriculture, se poursuit à un rythme accéléré. On assiste notamment au remplacement des vieilles productions céréalières par la production de fruits et de légumes (tomates) et le reboisement (pour l'indus­trie de la pâte à papier); la mécanisation et les ouvrages d'irrigation se font avec la participation massive de l'Etat. Simultanément des industries de base s'implantent dans les régions de Lisbonne-Sétubal, Porto­ -Braga, Aveiro-Coimbra: sidérurgie, métallurgie, automobile (montage), chantiers navale, chimie et pétro-chimie, électronique, pâte à papier, plastiques, etc. Par contre, le textile (employant le plus gros contingent de main d'oeuvre - 125.000 ouvriers - dans des entreprises de faible-taille), les conserves de poissons, le liège, etc, périclitent.

Dans une période relativement courte, la classe ouvrière est devenue plus du tiers de la population active, soit bien plus d'un million de travailleurs. Son âge moyen est de moins de 30 ans et son recrutement met côte à côte - dans une sorte de "mélange explosif" - des ouvrier, avec une ou deux générations d'usine et des travailleurs récemment émigrés de la campagne où formaient l'énorme et combative armée des prolétaires ruraux (75% de la population agricole) avec de fortes traditions de lutte (grèves victorieuses pour les 8h de travail en 1962). Il convient de rappeler que cette classe s'est formée en dehors de toute institutionnalisation syndicale et politique, et que l'absence de syndicats - voulue à l'époque par la classe exploitante - a amené le prolétariat à chercher et à développer ses formes propres de lutte, et à se donner des embryons d'organisation autonome. Une des questions essentielles avec laquelle nous sommes déjà confrontés est donc de savoir comment se placent ce proléta­riat industriel et ses luttes dans le contexte politique, économique et social portugais.

Il va de soi que l'évolution récente de l'implantation capitaliste au Portugal n'est pas sans entraîner les groupes dominants dans de multiples contradictions. La situation actuelle doit être caractérisée comme une crise de reconversion et d'adaptation à de nouvelles modalités d'extrac­tion et de réalisation de la plus-value, crise qui se déroule avec tout un cortège de "conflits sectoriels” de difficultés aussi bien au niveau des différentes régions qu'au niveau des différentes branches. Étant donné le lieu secondaire et le rôle "relais" que la bourgeoisie locale tient par rapport au grand capital international, le développement récent du Portugal est d'une extrême fragilité: la structure du marché mondial impose qu'une partie importante de la plus-value soit réalisée à l'intérieur des frontières (d'où l'importance qu'est en train de gagner l'idéologie du "marché interne") et dans les territoires sous domination coloniale ("espace commun portugais"). Le déclenchement des guerres coloniales a eu pour conséquence une “mise en valeur" frénétique des ressources des colonies, frénésie à laquelle participent en grande échelle les capitaux internationaux: en Angola surtout, on assiste à l'heure actuelle à une vé­ritable "ruée" qui est en train de faire sortir du néant des usines, des puits de pétrole, des routes et des chemins de fer, etc; au Mozambique, on vient enfin d'adjuger le projet du plus grand barrage du monde (Cabora-Bassa). Et l'on peut penser que le capitalisme portugais essaie de se donner ici un "supplément" d'accumulation primitive afin de financer - dans la métropole - une totale reconversion (accroissement, diversification rationnalisation) de la production qui lui permettrait, ultérieurement, d'envisager une solution néo-coloniale en conditions favorables de concurrence avec les monopoles internationaux dans ces marchés sur lesquels il ne détiendrait plus le même contrôle (politico-administratif). Cette Issue à la guerre dépend, bien entendu, de la capacité des mouvements nationalis­tes à imposer une solution militaire (ce qui demeure très improbable, en tout cas à court terme), mais elle dépend aussi de l'accroissement de la puissance des couches bourgeoises blanches "angolaise" et "mozambiquaine" qui auraient certainement le soutien de l'Afrique du Sud et de la Rhodésie dans une tentative de sécession blanche en cas de "négociation" entre le gouvernement de Lisbonne et les nationalistes noirs. Le cas de la Guinée dite portugaise est différent: ici la victoire militaire des nationalis­tes noirs apparaît déjà comme probable et comme devant déboucher sur une situation similaire à celle de la Guinée ex-française.

Cette évolution de l'infrastructure productive a impliqué une redéfinition des structures politiques. La mort politique de Salazar et l'avène­ment de Caetano n'ont fait que mettre à nu et accélérer un processus déjà amorcé du "vivant" du vieux dictateur. Au même temps que Caetano a com­mencé à faire venir à lui tout un secteur de technocrates "libéraux" (où la démocratie-chrétienne joue un rôle non négligeable: M.Salgueiro, secrétaire à la planification; M.Martins, secrétaire à l'industrie; voire M.Pintado, secrétaire au commerce, ancien conseiller de la plus puissante ban­que portugaise), le nouveau gouvernement s'est donné pour tache d'installer, au moyen d'une "libéralisation" soigneusement mesurée, un cadre ins­titutionnel capable de résorber les "conflits" présents et ceux que la bourgeoisie sent déjà venir. En effet la classe dirigeante a devant soi non plus une classe ouvrière numériquement faible et disséminée dans une multitude de petites unités comme en 1926, ou même il y a 20 ans, mais une classe ouvrière jeune et combative, sans qu'entre les deux prennent place ces "interlocuteurs valables" dont le patronat a besoin pour résoudre les problèmes de la "planification" (planification de la main d'oeuvre et des salaires notamment) et pour éviter que les "conflits du travail" ne "dégénèrent" en guerre de classes.

De l'avis de la Chambre Corporative sur la nouvelle loi des syndicats (juin 1969):
   “...Nous sommes toujours dans la même situation, à savoir: un nombre réduit de syndicats efficaces, la dissémination des travailleurs dans une multitude de petits organismes qui ne réussissent pas à se doter de dirigeants à la hauteur des fonctions ni de services compétents, enfin, qui ne jouissent pas parmis les travailleurs du prestige dont ils ont besoin car ils n'ont pas la capacité de résoudre les problèmes de ceux qu'ils représentent ni n'apparaissent aux yeux des organisations patronales comme des interlocuteurs valables, puisqu'il est connu que même si le dialo­gue pouvait être intéressant ce n'est pas dans le syndicat que réside le centre de décision...

Le manque de confiance des travailleurs dans leurs syndicats donne par­fois lieu à ce que leurs intérêts, leurs aspirations, s'expriment d'une façon indisciplinée, débordant le syndicat (sic) et se présentant sous la forme de groupes solidarisés par des nécessités communes et qui peuvent être facilement amenés vers de pures activités de revendication que l'on ne saurait admettre..."

Du Président du Conseil, sur le même question:
"...Le problème est maintenant de savoir si ces associations (les syndicats) doivent avoir lieu à l'intérieur de l'État ou bien à l'extérieur, c'est-à-dire, vraisemblablement contre lui..."


Les organes corporatifs (d'inspiration mussolinienne) ont fait leur temps depuis belle lurette. Il est donc tout à fait faux de prétendre se référer aujourd'hui à la réalité sociale portugaise en termes de "fascisme” concept opaque et immobile, dont l'utilisation ne rend pas compte de l'évolution de la société portugaise et donc des contradictions réelles de la période présente. De même, les "analyses" de la section portugaise de la bureaucratie stalinienne (PCP), en caractérisant la situation actuel­le comme un "salazarisme sans Salazar: sont des formules vides qui ne ca­chent plus une politique de collaboration de classe: le PCP en est à par­ler de "révolution démocratique nationale" et à réclamer des "élections honnêtes" dans le respect de la légalité de la Constitution de 33" (élaborée, soit dit en passant, entre autres, par l'actuel Président du Conseil, et votée... on sait comment ! ).

Lorsque nous rechassons avec la plus grande vigueur la théorie (?) du "front anti-fasciste” nous n'oublions pas le caractère violemment policier du régime portugais: la répression a été et demeure brutale, mais elle est devenue depuis des années de plus en plus sélective, visant beaucoup plus à isoler les "irrécupérables" (quelques permanents du PC, des militants "pro-chinois" du FAP et des activistes de la LUAR, ainsi bien entendu que quelques animateurs ouvriers ou ruraux qui se sont mis à la tète de mouvements de grève ou de protestation) qu'à "frapper tout un peuple" comme le prétendent les professionnels de l'anti-fascisme. La preuve en est donnée par la libération ces derniers temps de tous les "démocrates" (socialistes, chrétiens, etc), voire de quelques permanents du PC. Cette "sélectivité" est bien indiquée par ce fait qu'au moment même où l' opposition traditionnelle jouit de la liberté. de tenir ses assises publiques amplement décrites dans la presse, et s'apprête à présenter des candidats aux législati­ves de Novembre prochain, la PIDE poursuit sans pitié les membres de la LUAR, auteurs de quelques coups de main réussis (la PIDE a assassiné l'étudiant Daniel Teixeira, de la LUAR, et demandé l'extradition, auprès du gouvernement espagnol, de Eduardo Cruzeiro et de Inácio Palma, arrêtés en Espagne; ce dernier, qui est le chef de cette organisation, venait d'être condamné à 15 ans de prison plus des "mesures de sécurité", c'est-à-dire à la perpétuité, pour le "hold-up" de la banque du Portugal à Figueira da Foz, mais il avait réussi à s'évader pour se faire arrêter à nouveau en Espagne il y a quelques jours). Bref, pour fermer cette parenthèse sur le caractère policier du régime portugais, on doit enregistrer et tirer les conclusions qui s'imposent du fait que le ministre de l'intérieur a pu se vanter récemment qu'il n'y avait que quelques 120 ou 150 prisonniers politiques au Portugal à l'heure actuelle !

Il faut donc se rendre bien compte que depuis déjà des années, le gou­vernement portugais s'éfforce - avec succès - de remplacer la répression sauvage et indiscriminée par un système de contrôle, de pré- et auto-ré­ pression, auquel les démocraties occidentales n'ont rien à envier. Les intellectuels - qui pourtant fournissent partout une part importante des victimes de la répression - jouissent à l'heure actuelle d'un statut relativement privilégié qui les met pratiquement à l'abris de l'arbitraire policier: le "délit d'opinion" en tant que tel, n'est pratiquement plus puni; la censure, de son côté, relâche ses mailles et restreint au minimum le nombre des questions tabou.

Au-delà des campagnes plus ou moins démagogiques et pleurnichardes en faveur de l'amnistie, de la liberté d'expression, etc,. l'opposition traditionnelle (PC inclus) et le secteur "libéral" de la bourgeoisie sont déjà d'accord sur un premier point: la nécessité de créer, le plus vite possi­ble, des syndicats dans lesquels les travailleurs pourront "se faire en­tendre" par la voix de leurs "représentants légitimes; faute de quoi... des explosions "gauchistes" "anarchisantes” auront lieu.

En effet, vu l'étroitesse de l'espace qui sépare, dans ce contexte, l'"économique" du "politique" depuis Juin 1968 que de telles "explosions" se succèdent dans les principaux centres industriels. Dans cette courte pé­ riode, des dizaines de mouvements de grève et de revendication se sont déclenchés, dans les grandes et moyennes entreprises industrielles ainsi que dans les services. Le coup d'envoi a été donné le 1er Juillet 68 lorsque les employés des transports urbains de Lisbonne (tramways et autobus) se sont mis en grève pour une augmentation de salaires (ils demandaient 5F par jour). Devant la répression policière qui les force à évacuer un dépôt occupé, ils trouvent de nouvelles formes d'action qui se rapprochent de la grève-active: pendant quelques jours ils refusent de faire payer les usagers. La population prend ainsi rapidement connaissance du mouvement et lui manifeste sa solidarité. Devant la menace de l'élargissement du mouvement (au métro, à la Cie privée de transports Eduarto Jorge) le gou­vernement force la direction anglaise concessionnaire à céder: une augmentation de 3F50 par jour est accordée. Depuis ce sont les postiers et les cheminots; ces derniers exigent de fortes augmentations de salaires et, parmis d'autres revendications, ils demandent que "tous les textes offi­ciels les concernant (décrets, lois, circulaires, etc) soient écrits dans un vocabulaire qu'ils puissent comprendre" ! L'augmentation moyenne obte­nue par les cheminots fut de 16% (indirectement proportionnelle aux salaires). Ajoutons encore que les syndicats officiels ont été laissés totalement à l'écart de ces mouvements, aussi bien par les travailleurs que par l'administration.

En Février 69 le mouvement passe à la métallurgie et à l'automobile. La FORD et la GENERAL MOTORS font grève avec des tentatives d'occupation; l'agitation gagne les chantiers navals de PARRY & SON et LISNAVE; dans ce dernier, appartenant au plus puissant groupe portugais - la CUF - la direc­ tion cède aussitôt afin d'éviter l'élargissement aux autres branches du "holding" (plus de 50.000 ouvriers); des grèves dures ont lieu chez COVINA (vitres, dépendant de St-Gobain) et à la SOREFAME (constructions métallo­ -mécaniques, avec des capitaux français également). Dans l'ensemble, près d'une centaine d'entreprises sont touchés par l'agitation: le patronat tend à céder, souvent sous la pression du gouvernement lui-même, et la répression n'est pas brutale. Drôle d'État "fasciste" qui parle déjà (par les voix des ministres des Corporations, c'est-à-dire du Travail, et de l'Intérieur) de grèves justifiées et de grèves injustifiées, allant jusqu' à accuser certains patrons d'"incurie" ou d'"égoisme"; ceci dans un pays ou la grève est interdite par la loi !

Le plus important à retenir de tout cela c'est la remarquable combativité de cette jeune classe ouvrière. Dans la grande majorité des cas, les ouvriers se sont auto-organisés, créant dans la lutte et pour la lutte les organes dont ils ont eu besoin. Il serait évidemment prématuré de parler d'une classe auto-organisée; en tant que classe, le prolétariat portugais reste en effet à s'organiser, mais les luttes récentes ne laissent plus de doutes quant à sa volonté et à ses capacités. Il n'en reste pas moins que, si les luttes actuelles sont une école pour la masse des ouvriers, il est en train de se constituer parmis elle une fraction "aristocratique" qui risque de servir de relais à l'implantation et au renforcement des différentes organisations réformistes on assiste aussi à la naissance de - tout un tas "d'avant-gardes" prêtes à... prendre la direction du proléta­riat dans le syndicalisme institutionnalisé et dans la voie électorale, comme ils l'auraient fait il y a seulement dix ans. La généralisation de la critique du réformisme par les militants forts d'autres expériences Mai-Juin 68), la radicalisation déjà amenée par la lutte elle-même, rendront l'opération plue délicate encore.

Il est important de parler ici de l'influence que le mouvement de Mai a eu parmis la jeunesse étudiante portugaise. Ce mouvement étudiant, enco­re plus marqué par son origine de classe qu'en France, est dans une phase de croissance: à l'augmentation des effectifs (le secondaire a triplé en 10 ans; le supérieur a doublé) a correspondu un "saut qualitatif”. Après quelques forts mouvements d'essence corporatiste jusqu'au mois de novembre 68, le mouvement perd cet aspect pour commencer à se radicaliser. De petits groupes, encore sans liaison organique, se créent par-ci, par-là, posant le problème de l'action politique et commençant même à agir: mani­festations contre la guerre coloniale, à Lisbonne, à Porto. Les journaux et les livres sur Mai circulent, on lit beaucoup, on diffuse tout ce qui arrive de Paris, la bourgeoisie, le PCP parlent "d'imitation de l'étranger" de "snobisme", le gouvernement de "propagande anarchiste".

Actuellement, la lutte de la classe ouvrière continue. Des grèves récentes ont eu lieu chez FIAT et VOLKSWAGEN. A Coimbra, l'Université est fermée par la police à la suite des manifestations de rue qui ont fait 5 blessés dont un très grave. La classe dirigeante essaie par tous les moyens de rendre au peuple confiance dans le système, les élections sont à revaloriser. Dans un pays où pendant 40 ans les élections même bourgeoises) ont été inexistantes, ce sont maintenant l'”oppositions” et le gouvernernent qui, ensemble, veulent y faire croire.

Mais le capitalisme portugais est noyé dans une multitude de problèmes: comment demander aux gens qu'ils aient confiance dans un système incapable de résoudre la plus grave question de la société portugaise actuelle: la guerre coloniale? C'est ici qu'il faut faire éclater les contradictions de la classe dirigeante, c'est sur la base de ce "maillon faible" que la lutte des étudiants tend à rejoindre la lutte de la classe ouvrière.

Certains sont peut-être au courant par les dépêches des journaux, de la lutte en cours à l'Université de Coimbra (8500 étudiants), mais ce qui est systématiquement caché, c'est la radicalité des actions menées par la masse des étudiants. Alors que les dirigeants des associations - depuis celles influencées par la social-démocratie jusqu'à celles où dominent les tendances "maoistes" - s'accrochent jusqu'à l'ennui aux thèmes d'autonomie universitaire, de réforme de l'enseignement, pour une "université nouvelle" etc, la base a débordé dans l'action ces mots d'ordre en bousculant le président de la République et en le traitant de fils de p...; en affrontant physiquement les forces répressives et en obtenant la libération des camarades arrêtés; en instaurant un régime d'assemblée générale permanente dans les Facs occupées, enfin, en boycottant les examens à une écrasante majorité (95%). Le président de la vétuste Association Académique de Coimbra ne pouvait pas l'avouer plus clairement: "...Cette crise nous a surpris dans une période d'organisation.... les structures mêmes de l'AAC é­taient encore dans cette phase initiale. La crise a fait sauter tout ça... L'AAC a cependant réussi à donner des mots d'ordre et à diriger le mouve­ment, encore qu'imparfaitement ce qui fait qu'il y a eu... certains conflits de positions et une interprétation incorrecte des compétences des différentes structures..."

Quand à la nature de ces "conflits" et de ces "interprétations incorrectes" notre brave président nous renseigne de nouveau à merveille: "Nous - les dirigeants de l'AAC - avons étê accusés... de nous limiter à une ac­tion trade-unioniste..." On ne saurait mieux dire !

Le même document de la "commission pro-association de la Fac de Médecine de Lisbonne" rapporte - sans se rendre compte du changement qualitatif que de tels faits ont introduit dans la nature même de la lutte dans l'univer­sité - que dés les premières heures de l'occupation... il y a eu des mee­tings dans les couloirs et des étudiants que l'on n'avait jamais vu dans l'action montaient sur des chaises et discutaient des événements” Il est également signalé la participation massive des étudiants - ce seul fait en dit long sur ce qui sépare le mouvement actuel des souvenirs mystificateur des luttes de 1956 et de 1961-62, entretenus par les dirigeants réformis­ tes des associations !

UN FOSSÉ PLUS PROFOND ENCORE sépare les actions actuellement en cours dans les Lycées et les Écoles Techniques des timides tentatives organisa­tionnelles de 61-62, même si le Mouvement Associatif des Étudiants de l'Enseignement Secondaire de Lisbonne (MAEESL) se réclame de la "tradition". Cela n'empêche que le dernier numéro de leur petit journal (Mai 1969) constitue véritablement une bouffé d'air frais dans toute cette littérature ! Alors que le président de l'AAC en est à se défendre des accusations d"'anarchie" et de "négativisme" et à demander respectueusement l'autonomie d' l'université, les jeunes éleves des Lycées et des Écoles Techniques ont déjà compris que la critique de l'enseignement n'est qu'un moment de la contestation globale du système. Et lorsqu'ils publient le manifeste de la SEXPOL (W.Reich) et accordent la moitié de leurs pages à la dénonciation de la répression quotidienne à l'école, et en particulier celle que subissent les filles, ils laissent loin derrière le "corporatisme" des dirigeants des associations étudiantes. D'ailleurs, la police sait faire la part de choses qui commence à arrêter depuis quelque temps plusieurs lycéens !

UN SILENCE PUDIQUE CONTINUE TOUTEFOIS A ENTOURER LA QUESTION DE LA GUERRE COLONIALE. Mais le gouvernement en menaçant déjà d'envoyer au front les “contestataires" se chargera malgré lui de créer une dynamique qui pousse inexorablement les jeunes vers une résistance à la guerre coloniale de plus en plus active, dans la ligne des manifestations de rue déjà menées par les étudiants de Lisbonne ces derniers temps. C'est sur cette base que tend à avoir lieu la liaison des jeunes étudiants avec les travailleurs dans un front commun contre le système.

IL EST DONC TEMPS D'ESSAYER DE TIRER QUELQUES CONCLUSIONS générales de cette situation et d'en finir, à la fois, avec les thèses de ceux qui sou tiennent que le gouvernement Caetano n'est que la continuation pure et simple du "salazarisme" et se refusent à apporter le moindre changement à l'idéologie d'un "front national anti-fasciste" bien entendu introuvable; et avoir les agissements de ceux qui se sont déjà installés dans la "libéralisation” et tiennent publiquement leurs assises ultra-réformistes au congrès de Aveiro (Mai dernier), en attendant de se présenter aux prochaines législatives dans l'espoir que le gouvernement leur abandonnera une demi-douzaine de sieges et quelques libertés toutes formelles!

LE PROBLEME NE SE POSE DONC PAS EN TERMES DE "LIBÉRALISATION" OU "PAS DE LIBÉRALISATION", mais bel et bien en termes de lutte de classes. Le seul Front anti-gouvernemental possible est donc le front anti-capitaliste, c'est-à-dire celui qui existe déjà en puissance à partir du moment où la classe ouvrière a commencé à se battre sur son terrain - la lutte contre l'exploitation - et à se donner des formes d'auto-organisation dans les­quelles les vieux appareils de l'"opposition" n'entrent pratiquement pour rien; et que, de leur côté, les élèves et étudiants se sont mis en action, depuis la grève de Décembre 68 à Lisbonne jusqu'à la lutte actuelle de l'Université de Coimbra, sur des positions d'une radicalité qui les mettent directement aux prises avec les fondements du régime capitaliste.

Il va sans dire que l'immobilisme électoraliste de l'opposition traditionnelle - des "libéraux" au PC - est à l'heure actuelle le meilleur atout dont Caetano dispose pour maîtriser la situation extrêmement critique du capitalisme portugais dans la présente période.

C'est dans ce contexte que les minorités les plus radicales sont appelées à se regrouper, et à soutenir et faire connaître les formes organisationnelles autonomes que le prolétariat s'est déjà données, de façon à ce que celles-ci s'élèvent, de radicalisation en radicalisation, jusqu'à sa plei­ne réalisation. Le problème de la liaison des minorités plus radicales avec l'ensemble de la classe, sur la base de la lutte, est déjà à l'ordre du jour. Les conditions générales du dépassement révolutionnaire du système capitaliste mûrissent chaque jour à l'échelle mondiale.

Au Portugal, de par ses conditions spécifiques, de par l'extrême exaspé­ration des contradictions de la société, le prolétariat portugais sera bientôt appelé à assumer ses taches historiques.



"CADERNOS DE CIRCUNSTANCIA"

Juillet 1969

quarta-feira, 26 de março de 2014

Combate : "contra a corrente"… ou contre le C.C.I.?

Combate : "contra a corrente"… ou contre le C.C.I.?


Revue Internationale no 8 - 1er trimestre 1977


Dans une lettre récente, les librairies "Contra a corrente" du groupe Combate au Portugal nous font part de leur décision de cesser la vente des publications du CCI. Il n'est pas dans les habitudes du CCI de rentrer dans de tels détails dans les pages de ses publications. Cependant, nous ne partageons pas le mépris qu'affichent les "modernistes" pour ce qu'ils appellent "le souci de la marchandise politique". Au contraire, nous pensons que la diffusion la plus large possible de la presse révolutionnaire est une contribution importante à la clarification et constitue ainsi une préoccupation politique élémentaire. De plus, tant que les groupes révolutionnaires restent composés de petites minorités, il leur serait difficile d'assumer entièrement leurs publications sans une certaine contrepartie, souvent faible, à travers les ventes. Mais si nous parlons de la lettre de Combate ici, c'est pour soulever ouvertement la question : pourquoi Combate a pris une telle décision de nous fermer ses librairies ? Dans la lettre, nous ne trouvons qu'un refus, pas une explication.

Sur le plan purement pratique, nous pouvons constater que les publications révolutionnaires, étant donné le reflux de la lutte, ne se vendent plus aussi bien aujourd'hui au Portugal que pendant la période 1974-75. Il nous avait semblé nécessaire de réduire le nombre d'envois (décision qui a été prise entre Combate et les camarades du CCI qui se sont rendus au Portugal cet été). Mais supprimer toute vente est autre chose. Seule une librairie bourgeoise pourrait affirmer comme seul critère : si vos publications ne se vendent pas rapidement et en nombre suffisant, nous n'avons pas d'intérêt à perdre notre temps avec vous. Les librairies "Contra a cor­rente" à Porto et Lisbonne sont tout de même aux mains d'un groupe qui se veut révolutionnaire, intéressé à rendre plus accessibles les idées des courants communistes parmi les ouvriers. Il nous semble donc qu'il faut écarter toute hypothèse d'ordre "pratique" comme explication de la décision.

Sur le plan politique le CCI n'a jamais caché ses critiques au groupe Combate ni oralement quand nous avons eu l'occasion de rencontrer ces camarades, ni par écrit dans notre presse. Malgré toutes ses faiblesses et ses confusions mises en évidence dans l'article ([1]) "A propos de Combate" dans la Revue Internationale n°7, nous avons toujours considéré Combate comme un des seuls groupes au Portugal à défendre des positions de classe : la dénonciation des mystifications du MFA (Mouvement des Forces Armées), de l'appareil syndical et de la gauche du capital ainsi que la défense des luttes autonomes des ouvriers et l'internationalisme prolétarien. C'est pour cela que nous avons pris contact avec Combate et mis des militants d'autres pays en rapport avec eux. Mais la principale faiblesse de Combate, à savoir son absence de clarté sur la nécessité de constituer une organisation sur la base d'une plate-forme politique cohérente, l'a entraîné inévitablement vers un certain localis­me, un appui ambigu aux expériences "autogestionnaires", une confusion de plus en plus grande sur l'orientation des activités des révolutionnaires. Enfin, nous avons constaté que si Combate continue à théoriser ses erreurs, il "ne saurait résister bien longtemps à la terrible contradiction à laquelle il est soumis entre ses propres principes révolutionnaires du départ et la terrible pression de l'idéologie bourgeoise qu'il a laissé pénétrer en son sein en se refusant à donner à ses principes une assise claire et cohérente basée sur les leçons de l'expérience historique de la classe." (Revue Internationale, n°7)

L'ensemble de nos appréciations sur Combate fait partie d'un effort pour contribuer à la clarification des positions révolutionnaires dans la classe ouvrière. Faut-il croire que Combate a la peau si chatouilleuse que la critique lui fait fermer la porte au CCI ? Nous ne travaillons à la confrontation des idées qu'avec des groupes qui se situent dans le camp prolétarien, malgré toutes les confusions possibles en leur sein. Nous ne polémiquons pas avec le stalinisme, le trotskisme ou le maoïsme ; nous les dénonçons purement et simplement comme armes idéologiques du capital. Et nous ne sommes pas étonnés quand des librairies sous contrôle stalinien ou trotskiste (directement ou indirectement) refusent nos publications ou quand les trotskistes - comme ceux d'une librairie de Boston - nous rendent nos revues en ayant pris soin de déchirer préalablement les articles sur le Vietnam. On ne s'épuise pas à demander la "démocratie" à la bourgeoisie. Mais Combate en viendrait-il aussi à utiliser des mesures administratives pour les règlements de comptes politiques ?

A travers les discussions que nous avons eues avec Combate, il se dégage que Combate reproche au CCI d'être fixé sur la nécessité de créer une organisation internationale sur la base des positions de classe claires et tranchées. Nous serions, selon certains de ses membres, un vestige de la "vieille conception" d'une organisation révolutionnaire, repliés sur nous-mêmes, sectaires et incapables de nous "ouvrir aux nouveaux apports de la lutte", surtout au Portugal. Nous regrettons que notre intransigeance sur les positions politiques de classe et notre souci du regroupement des révolutionnaires ne trouvent pas d'écho chez Combate. Nous regrettons également que Combate semble trouver beaucoup plus d'intérêt dans des groupes caractérisés surtout par le flou politique et la recherche de "nouveautés" comme le "self-management" de Solidarity en Grande-Bretagne ou autres libertaires sans définition politique claire. Mais faut-il conclure qu'il n'y a pas pire démagogue que ceux qui se prétendent "libertaires" jusqu'au moment où les divergences les amènent à prendre des mesures répressives ? Nous accuser, nous, de sectaires nous semble un alibi facile.

Il faut se rappeler que les librairies "Contra a corrente" ne diffusent pas uniquement la presse révolutionnaire. On peut comprendre qu'il est impossible de diriger une librairie dans le monde capitaliste d'aujour­d'hui avec comme seul appui la presse communiste. En conséquence, à "Contra a corrente" se vendent des publications de toutes sortes: psychologie, romans, livres de Staline et de Mao, textes des trotskistes aussi bien que les publications de Solidarity, de la CWO et du CCI, en portugais et dans d'autres langues. Devons-­nous comprendre que la classe ouvrière au Portugal a besoin de lire les élucubrations de la contre révolution sous la plume de staliniens ou de trotskistes mais qu'elle doit être "protégée" du CCI qui disparaîtra des librairies de Combate ? La canaille stalinienne peut trouver une place pour diffuser ses mystifications et une voix des révolutionnaires être censurée ? Il faudrait alors mettre sur la porte des librairies "Contra a corrente" :

"Il n'existe pas pire ennemi de la classe ouvrière que le CCI et c'est pour cela que vous ne trouverez pas ici sa presse" !

L'enjeu de cette discussion n'est pas simplement la diffusion du CCI. De toute façon, notre presse sera diffusée au Portugal. Mais tout ceci n'est pas digne des efforts des éléments qui aujourd'hui cherchent le chemin de la révolution. Il est révoltant de constater que Combate prend de telles décisions sans aucune explication. Il y a trop de groupes actuellement qui se veulent révolutionnaires mais qui s'érigent en "juge censeur" du mouvement ouvrier : la CWO en est un exemple flagrant avec sa malheureuse conviction que tous ceux qui ne sont pas d'accord avec elles sont de la contre révolution. Il faut combattre cette tendance à établir des frontières de classe chacun à sa guise pour les besoins de sa chapelle. Aujourd'hui, quand la classe ouvrière doit avoir une orientation politique claire afin de pouvoir agir à temps face à la crise du système, quand enfin, après 50 années de triomphe de la barbarie de la contre révolution, il y a une ouverture dans l'histoire, il est lamentable que les groupes révolutionnaires comme Combate se contentent de positions politiques confuses et tombent si facilement dans les mesures répressives contre d'autres courants politiques, mesures qui ne peuvent que rappeler le "bon vieux temps" des staliniens.

Nous demandons donc ouvertement à Combate de reconsidérer ces mesures de suppression de la vente de notre presse et de revenir sur cette décision aberrante.

Le CCI


30 novembre 1976
Lettre de Combate

LIVRARIA CONTRA-A-CORRENTE

Porto, le 9 septembre 1976

Chers camarades,

Il y a quelques jours, dans une réunion, les librairies Contra a Corrente (Porto et Lisbonne) ont décidé de ne plus vendre RI et toutes les autres publications de votre Courant ; pour l'avenir nous voulons seulement recevoir deux numéros pour les archives ; prochainement, nous allons tenter de payer ce qu'on a vendu.

F.S


[1] Cet article a été écrit pendant l'été, avant l'envoi de la lettre de Combate et publié après sa réception. Il ne joue donc aucun rôle particulier dans l'affaire de la librairie, sinon comme résumé général des discussions et des critiques.

Correspondance avec Combate (Portugal)

Correspondance avec Combate (Portugal)

Revue Internationale no 9 - 2e trimestre 1977


Nous publions ci-dessous une lettre du groupe "COMBATE" du Portugal. Quelques explications s'imposent pour la comprendre et dissiper les malentendus qui se sont produits dans les relations que nous avions avec ce groupe.

Dans l'énorme confusion dans laquelle se déroulaient les événements au Portugal après la chute du régime de Salazar-Caetano, "Combate" paraissait être l'unique groupe se situant sur un terrain de classe. Pour cette raison nous avons toujours cherché à établir et à maintenir les contacts avec ce groupe - en nous rendant sur place, en invitant des camarades responsables de passage à Paris à venir débattre avec nous les problèmes touchant la lutte du prolétariat au Portugal et également, comme cela doit être naturel entre groupes révolutionnaires, en portant les débats et les critiques dans nos publications.

Nos divergences avec "Combate" sont certes de taille. Ce n'est pas là une raison pour les passer sous silence ou se contenter simplement d'échanger "des informations", mais, au contraire, c'est un devoir de tout groupe révolutionnaire de confronter et de discuter ouvertement les divergences. C'est une condition pour parvenir à les clarifier et, éventuellement, à les dépasser.

C'est dans ces dispositions et alors qu'un camarade responsable de "Combate" se trouvait parmi nous que nous avons eu l’ahurissante surprise de recevoir la lettre de "Combate" du 9 septembre, nous informant laconiquement de la décision de suspendre la vente des publications du C.C.I. dans les librairies de "Combate". Notre réponse publiée dans le dernier numéro de la Revue Internationale (n°8) est une protestation véhémente contre une telle décision que nous qualifiions à juste titre d"'aberrante". Nous demandions dans cette lettre des explications, et que "Combate" revînt sur sa décision.

Nous sommes satisfaits de recevoir aujourd'hui les explications et la rectification qui s'imposaient et laissons volontiers de côté les remarques ironiques qui les accompagnent. Les rapports sains qui doivent exister entre les groupes militants de la classe sont pour nous un problème extrêmement grave et dépasse de loin les ironies faciles. En toute occasion nous entendons rester vigilants et fermement décidés à les défendre afin d'extirper les mœurs perverties introduites depuis des décennies par le stalinisme dans la vie de la classe.

Nous retenons la suggestion de republier des pages de "Combate" sur les luttes concrètes. Nous devons cependant faire remarquer que nous divergeons notablement avec "Combate" sur ce que doit être la tâche de la presse révolutionnaire. Alors que pour "Combate" la presse est essentiellement un instrument d'information et de description, elle est pour nous un instrument d'intervention et d'orientation politique.

La question n'est pas une différence entre ouvriers en lutte et "professeurs", mais entre immédiatistes qui se contentent d"'informer" et groupes politiques qui disent leur nom et qui, au sein de la classe et dans ses luttes, défendent une orientation révolutionnaire.

Aussi, souhaitons-nous voir "Combate" défendre plus nettement dans ses colonnes une orientation en la confrontant franchement aux positions d'autres courants politiques.


CONTRA-A-CORRENTE

Lisbonne, le 5 janvier I977

Edicoes - Livraria, "Mons mus parturiens"

Chers camarades,

Vos interprétations sont remarquables et leur lecture est un plaisir, mais les faits sont, hélas, bien plus banals et prosaïques. Il vaut donc toujours mieux s'en assurer avant de brandir le glaive vengeur.

Les faits : un camarade qui a mal compris une décision d'une réunion ; d'autres camarades qui ne lisent pas les lettres une fois écrites. La décision : la librairie de Porto a décidé de ne plus assurer la diffusion de vos publications auprès des librairies de Porto, Lisbonne et Coimbra, en raison des difficultés commerciales. Cela n'a rien à voir avec la vente de vos publications dans nos librairies. D'ailleurs, la librairie de Lisbonne a toujours étalagé vos publications et continuera de le faire.

Nous vous remercions de votre bienveillance en ayant déjà par deux fois jugées les idées de Combate suffisamment dignes d'intérêt pour figurer en tant qu'objet de critique dans les pages de vos publications. Nous tenons pourtant à vous signaler que dans les pages de Combate, vous trouverez maintes informations directement élaborées par des ouvriers sur les luttes concrètes - ­banales certes, mais qui constituent le petit monde dans lequel la classe ouvrière vit en attendant que les professeurs changent la société. Peut-être quelques-uns de vos lecteurs auraient-ils intérêt à les voir figurer sur vos pages ?

Salutations révolutionnaires

Le collectif de Combate

segunda-feira, 24 de março de 2014

Thèses sur la situation au Portugal

Thèses sur la situation au Portugal

Revue Internationale no 4 - 1er trimestre 1976


A la suite d'une erreur technique les Thèses sur la situation au Portugal sont incomplètes. En effet il leur manque l'introduction écrite au moment de leur adoption, le 01/11/75.

INTRODUCTION 

Depuis le 21 septembre où ces thèses ont été écrites. L’évolution de la situation au Portugal a confirmé l'analyse qu'elles contiennent.

1° L'incapacité pour le gouvernement Azevedo de faire face à la crise économique Sociale, politique et militaire traduit l'épuisement? Souligné dans les Thèses, des formules classiques de gestion de l'Etat "bourgeois D’encadrement et de mystification de la classe ouvrière. Elle rend d'autant plus indispensable la mise sur pied d'une solution prenant pour axe les fractions les plus "gauchistes" de l'année, en particulier celles s'appuyant sur le COPCON et utilisant les différents organes tels que les Commissions de travailleurs et de quartiers comme instruments d'encadrement de la classe, ouvrière.

2° Le fait que les seuls succès obtenus par le 6ème Gouvernement provisoire se situent sur le plan de 1’obtention d'une aide de la CEE et des USA alors que sur le plan intérieur celui-ci est encore plus inapte que le 5ème à stabiliser la situation, confirme que la crise de l'été soit momentanément et principalement dénouée sur des problèmes de politique étrangère. Le choix du principal protagoniste de l'offensive contre la fraction pro-PC de l'armée, Melo Antunes comme ministre des affaires étrangères n'est pas fait pour démentir cette vision.

L'élément nouveau étant survenu depuis cotte date Et qui s'inscrit dans la perspective tracée par les thèses, est l'apparition des S.U.V. et des Comités de soldats qui, bien qu'expression de la décomposition de l'ensemble du corps social, ne constituent en rien à l'inverse des Comités de soldats de 1917-19, une manifestation révolutionnaire de classe. Bien au contraire, ces organes sont essentiellement un instrument de "démocratisation" de l'armée devant lui permettre de mieux exercer son rôle de répression contre, la classe ouvrière.

PRESENTATION

Ces thèses ont été écrites le 21 Septembre 1975 et leur introduction ainsi que les points 6 et 8 de la dernière thèse datent du 1er Novembre. Depuis cette date sont intervenus, au Portugal, des événements importants qui semblent, à première vue, démentir totalement la perspective tracée. En effet depuis le 25 Novembre, à la suite d'une mutinerie des parachutistes de Tancos, fraîchement convertis à la politique "gauchiste", on a assisté à une vigoureuse "reprise en main" qui s'est traduite par l'élimination totale des rouages de l'Etat de la fraction qui est présentée dans les thèses comme la plus apte à diriger la défense du capital national portugais : la fraction COPCON-CARVALHO. En fait, le limogeage de Carvalho, Fabiao, Coutinho, l'arrestation de Dinis, de Almeda etc., signifient que l'extrême gauche a perdu ce qui constituait son point fort : le contrôlé des forces de répression et d'intervention. Bien que le sixième gouvernement reste pratiquement inchangé, c'est la droite, qui gouverne maintenant au Portugal dans la mesure où, dans ce pays, c'est l'armée qui exerce l'essentiel du pouvoir. Le fait que ce soient des corps d'extrême droite comme les commandos d'Amadora et la Gar­de Nationale qui aient "rétabli l'ordre", le 26 Novembre et soient depuis chargés de la répression indique qu'elle est la véritable coloration du pouvoir politique actuel. Le retour en force d'officiers spinolistes aux postes laissés vacants par les "gauchistes" démis ou emprisonnés, la libération d'un nombre important d'agents de l'ex PIDE confirment cette indication.

Donc, ce que démontre clairement la situation présente, c'est la validité de l'idée essentielle des thèses : "du point de vue" des rouages politiques de gestion de la société et d'encadrement de la classe ouvrière, l'expérience portugaise signe l'échec de la" démocratie" classique..." (Thèse N°4). En effet, cette dernière, représentée essentiellement par le PS et le PPD qui dominent aussi bien la Constituante que le gouvernement Azevedo, a besoin, pour asseoir son pouvoir, du concours de l'extrême droite, ce qui lui retiré toute possibilité de mystification de Ta classe ouvrière et de contrôle de celle-ci autre que la répression ouverte.

Au Portugal, la crise, tant économique que politique, est tellement catastrophique qu'il n'existe pas de voie moyenne pour l'affronter. Pour contraindre la classe ouvrière a accepter les terribles sacrifices seuls capables d'empêcher une banqueroute totale, les solutions extrêmes sont seules envisageables: une répression d'extrême droite à la Pinochet, immédiate et ouverte, préconisée par. Spinola et Jaime Neves chef des commandos, ou bien la solution d'encadrement "gauchiste" définie par le document du COPCON d'Août 1975.

Pour le moment, c'est la première solution qui .semble prévaloir. Mais le Portugal n'est pas le Chili. Il ne s'agit pas d'un pays "lointain" et "exotique" où on peut se permettre de massacrer sans problème, des dizaines de millier de travailleurs : le prolétariat du Portugal "est autrement plus puissant que celui du Chili et, d'autre par£ la bourgeoisie européenne n'est pas prête à accepter qu'.une guerre civile prématurée ne vienne dévoiler le véritable enjeu de la lutte de classe aujourd'hui. C'est pour cela, et bien qu'une erreur grossière de la bourgeoisie soit toujours possible, que la solution politique qui prévaut en ce moment au Portugal, ne devrait pas se prolonger très longtemps. Avec la reprise de "la, lutte prolétarienne qui depuis l'été, avait été paralysée par l'écran de" fumée d'une "alternative gauchiste" et qui ne manquera pas de se développer face à l’"austérité" aujourd'hui mise en; place, sera de nouveau à l'ordre du jour, pour la bourgeoisie portugaise, l'utilisation de ses formes les plus "radicales" de gouvernement, seules aptes à dévoyer la combativité ouvrière.

Le 3 Janvier 1976



ENSEIGNEMENTS DE LA SITUATION AU PORTUGAL


1 — Le Portugal constitue une illustration flagrante du fait que dans la période de décadence du capitalisme il n'y a pas de place pour un réel développement économique des pays sous-développés y compris les mieux lotis d’entre eux. Grande puissance coloniale, ce pays ne réussit pas, malgré sa part appréciable du gâteau impérialiste, à assurer au cours du 20ème siècle, le décollage de son économie, à tel point qu'il réussit le rare exploit, à la veille du 25 avril 1974, d'être à la fois le pays le plus-pauvre d'Europe, hormis la Yougoslavie, et le dernier à détenir des colonies.

D'abord conséquence de sa faiblesse économique, le retard avec lequel le Portugal donne l'indépendance à ses colonies se meut en un handicap très sévère pour son capital (dépenses d'armement, d'administration coloniale, immobilisation pendant quatre années des travailleurs potentiels, (émigration politique) à tel point qu'en 1974 le Portugal présente la plupart des caractéristiques d'un pays du Tiers-Monde :

- P.I.B. annuel par tête : 1250 $ (Grèce : 1790; France : 4900),

- secteur agricole très important (29% de la population active, France : 12%, Grande-Bretagne:3%)

- existence d'une structure agraire archaïque comprenant essentiellement des latifundia (moins de 1% des exploitations couvrent 39% des terres et des propriétés minuscules (92% des exploitations couvrent 33% des terrés) ayant dans les deux cas des rendements extrêmement, faibles.

- concentration très grande d'une industrie récente en deux zones, Porto et Lisbonne-Setubal, à côté d'une petite industrie archaïque et peu compétitive (32 000 entreprises de moins de 100 salariés contre 156 de plus de 500).

2 — La crise ouverte du capitalisme qui commence vers 1965-67 heurte de plein fouet le Portugal à partir de 1973 compte tenu :

- de la faiblesse structurelle de son économie de moins en moins compétitive,

- du poids de plus en plus écrasant des guerres coloniales,

- du chômage qui se développe parmi les travailleurs, émigrés qui, soit rentrent dans leur pays d’origine, soit cessent les envois de devises. En même temps que la crise qui se caractérise en 1973 par le taux d'inflation le plus élevé d'Europe, la lutte de classe, après l'épuisement de la vague de 1968-70 reprend avec une intensité accrue au début 1974 (Timex, -Lisnave, TAP, etc.)

3 — Le putsch du 25 avril correspond de la part des fractions les plus lucides de la classe bourgeoise, à une tentative de remise en ordre de l'économie nationale devant nécessairement passer:

- par la liquidation de l'hypothèque coloniale,

- par une : mise au pas de la classe ouvrière.

C'est 1'armée qui est l'agent de cette politique dans la mesure où c est pratiquement la seule force organisée de la société (en dehors du parti unique salazariste) et qui, en plus:

- est directement mise en contact avec la vanité d'une solution militaire dans les colonies,

- a suffisamment de distance avec les intérêts capitalistes particuliers liés au régime; de Salazar-Caetano pour avoir une vue globale des intérêts du capital national.

Si, au départ, le putsch se fait en accord avec les grands groupes privés (Champalimaud, CUF, etc.) dont Spinola est le principal représentant au sein de la Junte, la dynamique propulsée par les besoins objectifs de 1' économie nationale, conduit l'armée à prendre de plus en plus de mesures dans le sens du capitalisme d'Etat.

Celle-ci s'identifie d'autant plus à cette forme de capitalisme :

- qu'elle n'est pas liée directement à la propriété privée, surtout depuis que les guerres coloniales l’ont obligée à faire appel à toute une série de cadres issus de la petite-bourge­oisie intellectuelle ;

- que la-structure centralisée, hiérarchique et monolithique s’apparente à celle du capitalisme d’Etat.

C'est à travers une série de crises et de tentatives plus où moins effectives, de putsch des fractions classiques du capital que se fait cette évolution : juillet; 74, septembre 74, mars 75.

Même si, au départ, elles expriment une résistance des fractions anachroniques du capital, ces différentes crises viennent chaque fois à point nommé pour briser une offensive ouvrière (grèves de mai-juin, grèves, d'août-septembre en particulier à la TAP, mouvements de février mars) en défoulant le mécontentement contre les "fascistes" et les "réactionnaires" dont on se complet à exagérer l'importance; .pour renforcer lés mesures économiques et politiques de capitalisme d'Etat (renforcement de la "gauche" du MFA. et élimination des fractions de "droite" comme Spinola, nationalisations présentées comme de "grandes victoires" ouvrières, réforme agraire, etc.). C'est à travers ces différentes crises, que se manifeste de plus en plus ouvertement le poids de l'armée dans la conduite de l'Etat et que se renforce la fraction; pro-PCP de celle-ci. La concordance des politiques du PCP et de 1’armée s'explique par lé fait que ce parti représenter une des fractions les plus dynamiques du capitalisme d'Etat et qu'il est au départ le mieux armé pour contrôler la classe ouvrière. Cette concordance exprime également une tentative menée par le capital portugais de se soustraire partiellement, sur le plan économique et politique, de l'influence, du bloc occidental en se rapprochant du bloc de l'Est. Effectivement, même si le PCP, comme l'ensemble des partis staliniens, est avant tout un parti national, il n’en exprime pas moins, dans la division du monde en blocs impérialistes par rapport auxquels doit se déterminer chaque capital national, une tendance du capital portugais à se placer sous l'orbite russe ou du moins, à s'éloigner de l'orbite américaine,

4— Des objectifs que se fixait le coup d'État du 25 avril, seul celui de la décolonisation a été atteint9 Et encore, le résultat obtenu n'est pas particulièrement positif pour le capital portugais puisqu'il se traduit par un abandon de son influence au bénéfice des grands blocs impérialistes (particulièrement en Angola, colonie la plus riche) et qu'il aboutit au rapatriement d'un demi-million de colons complètement in-intégrables dans une économie métropolitaine en complète déconfiture. En effet, malgré l'ensemble des mesures de capitalisme d'Etat.et les flots de démagogie antifasciste ou "révolutionnaire" du gouvernement, jamais l'économie portugaise ne s'est portée aussi mal et à aucun moment la classe ouvrière n'a pu être réellement remise au pas, ni enrôlée dans "la bataille de production" dont les staliniens et leur intersyndicale se sont faits les incessants propagandistes.

Pour le capital portugais, le problème posé depuis le 25 avril reste entier :

- comment assainir l'économie nationale ?

-comment encadrer la classe ouvrière ?

Quels que soient les détours ou les hésitations dans la mise en œuvre de cette politique, la seule issue possible réside en une étatisation croissante de l'économie, en une concentration toujours plus grande du pouvoir économique et politique. En effet, seule une telle politique peut préserver un peu de cohésion dans une économie et un corps social en pleine anarchie, au bord de la dislocation, et également se présenter comme "révolutionnaire" aux yeux du principal ennemi du capital : le prolétariat.

En ce sens, plus que jamais, au Portugal comme partout dans un monde plongé dans des convulsions économiques et sociales croissantes, l'heure est au capitalisme d'Etat. En ce sens, seules peuvent avoir un avenir les formations politiques qui représentent de façon la plus dynamique cette tendance. Celles qui s'accrochent à des formes anachroniques du capitalisme ou à des formes moins évoluées de capitalisme d'Etat comme le PPD ou le PS et ceci l'­en s'appuyant essentiellement sur la petite-bourgeoisie liée à la propriété, ne peuvent que régresser sur la scène-politique en même temps que les structures politiques (élections, constituante, partis démocratiques), elles-mêmes anachroniques, à travers lesquelles elles s'expriment.

Comme dans la plupart des pays du Tiers-Monde, l'armée représente, au Portugal, le principal agent du capitalisme d'Etat et en son sein, la frac-tien qui est appelée à jouer un rôle croissant est celle qui est la plus concentrée, la plus opérationnelle et en thème temps la plus lucide : le COPCON. Dans son orbite, les deux autres grandes tendances du capitalisme d'Etat -le PCP et les gauchistes- sont appelées à conserver, quoi qu'il arrive, un rôle important dans l'appareil d'Etat dans la mesure où ces deux forces assument l'essentiel du contrôle de la classe ouvrière.

Du point de vue des rouages politiques, de gestion de. la société et d'encadrement de la classe ouvrière, l’expérience portugaise signe l'échec de la "démocratie" classique tant du point de vue de la technique de mystification électorale que de l'utilisation des partis comme gérants de l'Etat, De force essentielle de l'Etat auquel l’armée est inféodée, les partis deviennent des appendices de l'armée dans la direction de celui-ci. De même, le mode d'encadrement syndical se révèle de plus en. plus incapable de contrôler une classe ouvrière qui n'a pas connu des décennies d'opium "démocratique" et syndicaliste, A la place de ces techniques en voie d'épuisement, l'unique solution pour le capitalisme d'Etat portugais passe par un encadrement direct de l’armée sur la classe ouvrière à travers des organes de "base" comme les "commissions, de travailleurs", de locataires, de quartiers, chargées de prendre à leur compte l'administration des localités et la gestion des entreprises. A la démocratie classique électoraliste, le capitalisme d'Etat substitue de plus en plus une "participation" "apartidaire" des ouvriers à leur exploitation et à leur oppression. L’"autogestion" et le "contrôle ouvrier" ont de beaux jours à vivre au Portugal et c'est justement ce qu'exprime le document du COPCON du mois d'août 75. De telles nécessités objectives outre qu'elles ne peuvent signifier que l'écartement du PS et du PPD de tout pouvoir effectif, se traduisent par un renforcement de la tendance capitalisme d’Etat la plus liée aux techniques d'encadrement "à la base" au détriment de celle s'appuyant sur le syndicalisme classique. Le "soutien critique" des gauchistes au PCP risque de se convertir de plus en plus en un "soutien critique du PCP aux gauchistes,

5 — Dans le cadre d'une telle analyse, la situation politique actuelle au Portugal semble incompréhensible. En effet, si on admet que le PC représente une forme plus adaptée que le PS aux besoins actuels de l’économie portugaise, on .comprend mal son recul face à celui-ci à la suite de la longue crise de l'été passé. Ce qui se serait compris plus facilement, c’est que le nouveau gouvernement soit plus "gauchiste" que le précédent et non plus "social-démocrate". Tel n'est pas le cas.

En fait, c'est à moyen ou à long terme que s'expriment les besoins objectifs, tant économiques que politiques du capital. Et en ce sens, celui-ci sera obligé de faire appel aux formes d1organisa ion économique, aux mystifications et modes d'encadrement du prolétariat les plus .appropriés ainsi qu'aux forces et formations politiques qui en sont les agents et les véhicules. Mais c'est à travers toute une série de soubresauts apparemment contradictoires que peuvent être appelées à se dégager ces tendances à long terme. Et ceci pour plusieurs raisons :

1 — contrairement au prolétariat dont la prise de contrôle sur la société est nécessairement un acte lucide et conscient, ses propres préjugés de classe interdisent à la classe capitaliste une pleine conscience de son activité politique. En ce sens, c'est souvent à travers des louvoiements et des affrontements entre ses fractions les plus lucides qu'elles est amené à adopter l'orientation-la plus, apte à la défense de ses intérêts;

2 —.le jeu politique bourgeois est par excellence celui où "tous les coups sont permis", où les allies d’aujourd’hui peuvent devenir les adversaires de demain, où les combinaisons les plus surprenantes, apparemment "contre nature", peuvent se faire jour pour faire face à telle nécessité immédiate et circonstancielle et se dénouer quand cette nécessité a disparu;

3 — la profondeur de la crise actuelle s'exprime, dans tous les pays du monde, par le caractère contradictoire des mesures que la bourgeoisie tente de prendre pour la résoudre ou l’atténuer. Ce qui vaut pour le choix des plans économiques prisonniers de l'alternative implacable, récession/inflation, vaut seulement pour le choix des diverses solutions politiques : contradiction .entre la nécessité de jouer le plus vite possible les cartes de gauche afin de paralyser l'élan prolétarien à son début et la nécessité de ne pas user trop vite cette carte, contradiction entre, d'une part, le nécessaire renforcement des blocs imposé par l' approfondissement de la crise et la montée des tensions inter impérialistes et, d'autre part, la mise en avant d'une politique "d'union nationale" contre "l'impérialisme" capable d'entraîner le prolétariat derrière le char de son capital national, etc. Obligée de parer au plus pressé, la bourgeoisie adopte un jour une mesure dans un sens pour la remettre en cause le lendemain quand se déplace l'urgence des contradictions qui l'assaillent. C'est pourquoi, dans un pays, la conduite de la politique apparaît d'autant plus heurtée et contradictoire que la crise y est profonde.

Pour comprendre la crise de l'été passé et sa "solution" présente, il faut donc prendre en compte ces différentes considérations et faire intervenir non seulement les nécessités à long terme du capital portugais mais' également les nécessités plus circonstancielles et les manœuvres éventuelles que leur "solution" a pu provoquer entre les différences forces bourgeoises.

En l'occurrence, ce ne sont pas Seulement des données de politique intérieure qui; sont à l'origine réelle de la crise, même si c'est l'affaire "Republica" qui en est le détonateur, mais également des éléments de politique extérieure. Certes, plus la lutte de classe devient un facteur décisif dans la politique d'un Etat et plus celle-ci' se détermine en fonction de besoins internes mais cela ne signifie pas :

- que les besoins externes cessent d'exister ;

- que ceux-ci soient incapables de prendre momentanément le dessus à l'occasion d'une accalmie de la lutte de classe comme c'est le cas en juillet 75.

Début juillet, la fraction du MF A proche du PCP, dirigée par Vasco Goncalves, exerce un pouvoir extrêmement important au sein de l'Etat : majorité au sein du gouvernement réel -le conseil de la révolution- ainsi que dans le gouvernement civil, contrôle de l'essentiel des moyens d'information et de propagande, (en particulier la 5° division), contrôle de l'Intersyndicale. Il s’agit là d'une solution inadaptée-aux besoins du capital portugais, et cela à deux titres:

- la force du PCP et de son intersyndicale va en décroissant au sein de la classe ouvrière ;

- le Portugal doit abandonner toute perspective de désengagement du bloc occidental tant du point de vue économique que militaire. L’échec des tentatives commerciales en direction de l'Europe de l’Est dont l'économie, très faible, offre peu de possibilités à celle du Portugal, les conditions mises à une aide éventuelle de la CE ainsi que les déclarations de Kissinger et la mise au point consécutive de l'URSS indiquent que la place du Portugal est au sein de l'Otan et de l'économie occidentale.

Même si le PCP continue de correspondre en partie au besoin du capitalisme d'État, sa place au sein de celui-ci doit nécessairement être réajustée au " bénéfice d'une autre fraction, à la fois plus "gauchiste", et moins liée à une politique extérieure pro-russe.

On assiste donc à une lutte dont l'a-prêté et la durée ainsi que la désorganisation qu'elle provoque dans l'Etat traduit la solidité des trois forcés qu'elle oppose : les restes du capitalisme classique, "démocratique", pro-atlantiste regroupées derrière le PS, le PPD, et en partie, la fraction Antunes de 1'armée; la fraction Gonçalves -PCP, pro-russe, la fraction COPCON appuyée sur les gauchistes, "réaliste" en politique extérieure (son slogan sera : "contre les impérialismes, indépendance nationale).

C'est au sein de l'armée que se produit l'affrontement décisif dans la mesure où celle-ci exerce l'essentiel du pouvoir. Et c'est la fraction Melo An tunes, prônant l'ouverture vers 1'Europe, qui y mène le combat le plus décidé contre la fraction Gonçalves, Le succès du document Antunes est le fruit de la conjonction de tous ceux qui se retrouvent contre Gonçalves pour des raisons de politique extérieure ou intérieure. Ce succès momentané et circonstanciel de la fraction Antunes propulse celle-ci au sein du MF A et lui fait acquérir, dans cet organe, la position dominante au détriment de la fraction PC-Gonçalves (qui s'y maintient avec relativement de force) et avec la neutralité de la fraction COPCON-Carvalho qui reste la plus lucide quant aux intérêts réels du capital portugais.

En ce sens l'actuelle "victoire" du PS et du PPD, expression circonstancielle des besoins du capital portugais en politique extérieure et du réajustement du poids de la fraction PCP ne doit pas cacher les faits :

- que c'est l'armée qui est restée le cadre décisif du conflit et donc se maintient comme unique source du pouvoir réel môme si on reparle actuellement de "ranimer" la Constituante ;

- que le cours vers le capitalisme d'Etat ne peut pas être réellement remis en cause ;

- que les problèmes de politique extérieure sur lesquels s'est joué en bonne partie le conflit (cf., Antunes aux affaires étrangères) ne sauraient rester longtemps au premier plan face à une reprise de la lutte de classe ;

- que l'actuel gouvernement ne possède pratiquement aucun pouvoir de mystification sur la classe ouvrière.

En fait, la fraction la plus forte militairement au sein de l'armée et la plus lucide, le COPCON-Carvalho, s'est servie des fractions "démocratiques" du Capital (Antunes dans l'armée et PS-PPD en dehors) uniquement en vue d'amoindrir la fraction PCP en évitant au maximum de faire cette tâche par elle-même (exception faite de l'occupation des locaux de la 5° division par le COPCON et la lettre de Carvalho à Gonçalves lui enjoignant "amicalement" de démissionner). Cette prudence s'explique par le fait que cette fraction devra compter sur 1' appui de la fraction PCP pour gouverner et qu'elle ne pouvait compromettre cette alliance nécessaire par une attaque trop ouverte.

En apportant un "soutien extrêmement critique" (Carvalho) à l'actuel gouvernement, la fraction Carvalho laisse celui-ci et les forces politiques qui le dominent (Antunes, PS, PPD) prendre la responsabilité des mesures d'austérité draconiennes que le capital portugais doit adopter de façon urgente et qui ne manqueront pas d'accélérer l'usure de ces forces au bénéfice de cette même fraction.

Par conséquent, ce gouvernement ne saurait rester longtemps en place et, assez rapidement, la solution préconisée par le COPCON et les gauchistes d'un pouvoir militaire utilisant une "assemblée nationale populaire" des différentes structures populaires de base comme moyen d'encadrement de la classe, sera à l'ordre du jour.

6 — Plus généralement, il est clair que l'activité autonome de la classe ne peut se manifester que dans le cadre des Comités d'usine et des Conseils ouvriers et, que ceux-ci ne peuvent survivre que comme organes au service de la classe. Il ne s'agit donc par là de simples "formes" sans importance comme le prétendent les bordiguistes. Cependant la simple existence de ces organes ne leur confère pas automatiquement, comme le pensent les conseillistes un mode d'activité conforme aux intérêts du prolétariat. L'expérience, entre autres, des Conseils ouvriers allemands en 1918 le montrait déjà. La situation au Portugal tond à le confirmer aujourd'hui dans le cas de celles des commissions qui ne sont pas de simples créations de gauchistes, mais qui ont surgi spontanément au cours des luttes. Il ne suffit donc pas aux révolutionnaires d'exalter de façon béate ces organes autonomes mais il leur revient la tâche fondamentale de défendre, au sein de ceux-ci, les positions communistes afin d'en faire un instrument véritable de la lutte prolétarienne.

7 — Du point de vue de sa localisation géographique à la périphérie de l'Europe comme de son importance économique, le Portugal n'est pas appelé à jouer un rôle fondamental dans les affrontements de classe qui se préparent. Néanmoins, dans la mesure où c'est aujourd'hui le pays d'Europe où, d'emblée, compte-tenu de sa faiblesse structurelle, les problèmes économiques et politiques ont été posés avec le plus d'acuité, le Portugal constitue un champ d'expérimentation des différentes armes de la bourgeoisie contre le prolétariat mondial et par suite un terrain d'analyse très riche pour la prise de conscience de ce dernier« Les enseignements essentiels de la situation portugaise sont les suivants :

1° — Le capitalisme d'Etat se confirme comme la seule option capable de faire, face à la crise tant pour empêcher la dislocation totale de l'économie que pour mystifier la classe ouvrière. La situation actuelle confirme la nécessité pour le capital de mettre en place un mode d'encadrement de la classe ouvrière avec lequel elle s'identifie au maximum et qui est le seul capable de lui imposer une certaine "discipline".

2° — La mystification antifasciste continue d'être une des armes les plus efficaces du capital et celui-ci 1'utilisera jusqu'au bout partout où cela sera possible. L'actuelle campagne pour la grâce des condamnés à mort Espagnols qui se développe tant en Espagne que dans d'autres pays confirme amplement ce fait. Le rôle des révolutionnaires sera de dénoncer impitoyablement ces mystifications et tous ceux qui les entretiennent.

3° — La présente situation au Portugal fait apparaître que là où elles n'ont pas pu se développer pleinement les institutions classiques d'encadrement de la classe -syndicats classiques et démocratie parlementaire- sont rapidement dépassées quand la lutte de classe s'approfondie. C'est là un phénomène qui s'était déjà manifesté en Russie en 1917* Mais se qui exprime l'impuissance actuelle de ces institutions au Portugal va au-delà des conditions spécifiques à ce pays. Après un demi-siècle ou plus pendant lequel se sont perpétuées ces institutions non plus sur la base de la fonction pour, laquelle elles avaient surgi dans l'histoire mais comme simple instrument de mystification, celles-ci sont maintenant en partie usées pour 1'accomplissement de cette seconde fonction. Les parties qui sont attachées à ces formes d'encadrement de la classe, les P.S et les P.C sont eux-mêmes atteints par cette usure, d'autant plus qu'ayant accompli l'essentiel de leurs fonctions au cours de la période de plus profonde contre-révolution ils ne sont pas nécessairement bien préparés pour affronter la situation nouvelle que représente la reprise de la classe.

4° — Comme déjà maintenant au Portugal, face à l'usure des formes classiques d'encadrement le capital tendra de plus en plus à utiliser les organes que la classe se sera, donnés au cours de sa lutte pour en faire des institutions d'étouffement de cette lutte. Il ne fera là que reprendre.une méthode qui a déjà fait ses preuves pendant la période de décadence : la récupération des organes et institutions de la classe qu'il ne parvient pas à combattre de front. Il en a été ainsi des syndicats .à une époque, puis plus tard des conseils ouvriers que la vague révolutionnaire des années 17-23 avait fait surgir. Avec le développement de la lutte de classe cette méthode sera sans doute employée à grande échelle et les révolutionnaires eux-mêmes devront prendre garde à ne pas tomber dans le piège des nouveaux "conseils ouvriers" ou des nouveaux "soviets",

5° — Une des formes la plus courante que revêtira cette récupération sera sans doute, à l'image du Portugal l'utilisation de ces organes comme instruments de "l'autogestion" et du "contrôle ouvrier", d'autant plus que ces formules apparaissent, d'une part, comme une variété plus "à gauche" du capitalisme d'Etat, et, d'autre part, s'accommoderont bien du cortège de faillites qui accompagnera la crise.

Donc à la place des formes classiques de "participation" médiatisée à la gestion de la société à travers syndicats et parlements, les travailleurs seront de plus en plus conviés à une "participation" beaucoup plus directe à leur exploitation et à leur oppression,

6° — Compte-tenu de cet ensemble de faits les différentes variétés gauchistes: "antifasciste", "anti-impérialiste", moins liées aux modèles classiques d'encadrement que les partis de gauche officiels seront appelés à jouer un rôle fondamental comme rabatteurs pour le compte de ces partis quand ce ne sera pas comme force de rechange. Là encore, le rôle des révolutionnaires sera de dénoncer avec la plus grande rigueur tous ces courants et d'annoncer clairement à la classe la fonction répugnante qu'ils seront amenés à accomplir.

8 — L'appel à des modes d'encadrement "à la base" et populistes de la classe ainsi que la mise en avant des gauchistes posera à terme, pour le capital, au fur et à mesure où il sera obligé d'y recourir, le problème de l'épuisement de ces moyens de mystification. Cet épuisement ouvrira alors la possibilité d'une claire prise de conscience par le prolétariat de ses véritables intérêts de classe. Derrière l'épuisement des formules classiques d'encadrement de la classe qui est déjà avancé aujourd'hui au Portugal et qui, demain, à des rythmes différents suivant les pays, tendra à se généraliser, se profile donc la perspective de l'organisation autonome de la classe luttant pour ses intérêts historiques et donc de son affrontement direct avec la bourgeoisie. Ce fait doit être pleinement compris par les révolutionnaires afin qu'ils mettent tout en œuvre dans le but d'être à la hauteur, du point de vue de leur organisation et de leur intervention, des responsabilités que cette perspective leur confère.


C.G.

sábado, 22 de março de 2014

"Combate" : le passage sans heurt a l’autogestion.


"Combate" : le passage sans heurt a l’autogestion.

Revue Internationale no 7 - 4e trimestre 1976


Le Groupe Portugais "COMBATE" s’est formé en 1974 au cours du resurgissement des luttes ouvrières au Portugal, après le renversement de la dictature Caetano. Comme des groupes analogues dans d'autres pays, 1'apparition de "Combate" était un signe du réveil général du mouvement ouvrier après 50 ans de contre-révolution, une reprise qui n’a cessé de s’affirmer depuis 1968. Pendant et après Mai en France, beaucoup de groupes sont apparus qui semblaient promettre de pouvoir contribuer à la généralisation des leçons que le prolétariat a acquis si péniblement depuis que la vague révolutionnaire de 1917-23 a été engloutie par la contre-révolution montante.

Le réveil actuel de la lutte de classe internationale est le produit de l’approfondissement de la crise mondiale du capitalisme, provoquée par la fin de la reconstruction qui a suivi la guerre. Par suite, la crise a posé aussi les conditions sociales et politiques préalables au surgissement de groupes qui tentent de situer leur activité dans le camp de la classe ouvrière, contre les mystifications de l'aile gauche du capital et de ses souteneurs idéologiques (Trotskistes, Maoïstes, populistes, anarchistes, etc.) Quand il est apparu, "Combate" n'était pas seulement un souffle d’air frais émanant des luttes des ouvriers portugais, il promettait beaucoup plus. En effet, "Combate" était le seul groupe au Portugal - à part les sectes anarchistes et conseillistes paralysées de façon chronique - qui s'était regroupé autour de certaines positions révolutionnaires. "Combate" attaquait carrément les mystifications du M.F.A. (Mouvement des Forces Armées portugais), l'appareil des syndicats et de la gauche de la bourgeoisie. Le groupe défendait les luttes autonomes des ouvriers portugais et se voulait fermement Internationaliste. Dans le climat répugnant de triomphalisme créé par le carnaval gauchiste au Portugal d’Avril 74 à Novembre 75, la position de "Combate" offrait une lueur d'espoir. C’était comme si, au cœur même de la "Révolution portugaise", de la "révolution aux œillets ", qui s’affrontait sans merci aux luttes ouvrières à la TAP, à TIMEX, dans les Postes, etc., une voix prolétarienne s'était enfin élevée.

LES LIMITES DE "COMBATE"

Dans le N°5 de World Révolution, la publication du CCI en Angleterre, nous avions écrit : "il apparaît que la principale faiblesse de "Combate" est son manque de clarté sur l'organisation, combiné avec un certain localisme. (Ses) articles semblent plaider pour une opposition abstraite aux "partis", plutôt que de considérer la politique réactionnaire des partis gauchistes comme manifestation de leur nature capitaliste. Cette attitude est liée, de la part de "Combate", au fait qu'il ne voit pas la nécessité de s'organiser de façon cohérente et centralisée, autour d'une plate-forme définie. Les articles révèlent, aussi, une tendance à voir la crise actuelle au Portugal comme un phénomène portugais plutôt que comme une manifestation de la crise mondiale du capitalisme et plus encore, il semble qu'il y ait une conscience limitée du fait que les problèmes que rencontre laclasse ouvrière au Portugal peuvent seulement être résolus au niveau international. " (World Révolution, introduction à l'article de "Combate" : "quels conseils ouvriers ? ")

Ce que nous disions a été confirmé par l'évolution ultérieure de "Combate". Les camarades du CCI ont rencontré et ont discuté à plusieurs reprises avec "Combate" depuis l'été 75. Mais, malheureusement, ces discussions fraternelles n'ont fait que mettre en évidence une propension, de la part de "Combate", aulocalisme, à la stagnation théorique, et à l'éclectisme. Dans la situation portugaise, qui requiert de la part des révolutionnaires des idées particulièrement claires, ces traits négatifs ont conduit rapidement à l'apparition et à l'élargissement d'un décalage entre les activités de "Combate" et les besoins de la classe ouvrière.

Les limites de "Combate" existaient en son sein depuis le début, mais elles sont devenues un frein réel au développement du groupe quand elles ont commencé à être "théorisées". Quand la lutte de classe au Portugal est entrée dans une phase d'accalmie temporaire (pendant et après l'été 75) "Combate" est allé clairement en régressant. Probablement désemparé par la retraite temporaire du prolétariat après les événements de Novembre, "Combate" a commencé à montrer une tendance marquée à la défense de l'idéologie "autogestionnaire", y compris la défense des luttes populistes et marginales. Cela a été accompagné, parallèlement, de la part de "Combate", par une indifférence et une abstention presque complètes vis-à-vis des problèmes politiques plus généraux qui se posaient au prolétariat portugais et mondial pendant ces derniers mois. En réponse aux récentes élections au Portugal, "Combate" publiait un titre en première page qui proclamait "Non à Otelo, Non à Eanes, pour la Démocratie directe"! Avec ces banalités, agrémentées d'un éditorial dans lequel la "Démocratie directe" était transformée en "Démocratie ouvrière", "Combate" entreprenait ensuite de submerger ses lecteurs sous un flot d'articles qui faisaient l'éloge du "contrôle ouvrier et paysan dans les entreprises portugaises" ("Combate", n°43 Juin-Juillet 1976, cf. articles : "Ciment Armé : une coopérative de travailleurs et d'habitants", "Sempro­cil: une expérience de contrôle ouvrier"). L'évolution de "Combate" n'est ni accidentelle, ni exceptionnelle. Elle montre le poids immense que la contre-révolution fait toujours peser sur les forces révolutionnaires qui surgissent, un poids si grand qu'il peut facilement abréger le développement positif d'un groupe, surtout dans une situation où le groupe est coupé de la continuité théorique et organique avec le mouvement ouvrier du passé. C'est pourquoi l'évolution de "Combate" est importante, parce qu'elle aide les révolutionnaires à évaluer les difficultés que rencontre aujourd'hui la classe ouvrière dans sa recherche permanente de clarté et de compréhension plus profonde.

LES ORIGINES DE "COMBATE"

Les tâches que "Combate" a essayé de remplir dans la lutte de la classe portugaise n'ont jamais été définies très clairement. "Combate" a commencé en 74, comme une espèce de "Collectif" autogéré, centré sur une librairie à Lisbonne. Cette librairie, à tour de rôle, était ouverte aux ouvriers en lutte et aux "groupes révolutionnaires autonomes" comme endroit pour tenir des réunions. Les locaux étaient aussi prêtés aux entreprises autogérées - qui sont une caractéristique courante dans l'industrie légère portugaise depuis 1974­ - comme débouché pour leurs marchandises. En réponse à la lettre d’un lecteur "Combate" affirmait dans un de ses numéros que la raison d'être du journal était de contribuer à "l'auto organisation et l'auto direction de la classe, en aidant à créer les conditions qui favorisent et accélèrent cette auto-organisation" ("Combate", n°29). Bien que cette formulation fût juste en soi, la tâche "d'aider" les travailleurs était conçue bien souvent de façon académique, dans le sens d'une "démystification" de l’idéologie capitaliste d'Etat détenue par une prétendue classe "technocratique" supposée prendre en main la société (une notion probablement empruntée aux écrits de James Burnham, ou de Paul Cardan). Par ailleurs, "Combate" voyait ses tâches comme une intervention dans les "commissions ouvrières" qui sont apparues pendant les luttes ouvrières au Portugal, pour les "unifier". Ces commissions sont devenues maintenant, avec le reflux de la lutte de classe, des véhicules de l'idéologie autogestionnaire dans le prolétariat.

A ces tâches de "démystification" idéologique et d"'unification pratique" de la classe au Portugal, il était joint un appel faible et incohérent à l'internationalisme. Mais cet appel n'était compris par "Combate", qu'en termes de "solidarité internationale" des travailleurs dans tous les autres pays - de préférence ceux qui étaient engagés de la même manière dans des activités "autogestionnaires" - avec les ouvriers au Portugal. "Combate" se désintéressait complètement du combat pour la création d'une organisation internationale, définie politiquement par sa défense des positions de classe au sein de la lutte de classe internationale. Apparemment, la création d'un corps de communistes regroupés autour d’une plate-forme, avec un cadre international clair, basée sur les leçons passées et actuelles tirées des luttes de classe, était un peu trop "théorique" pour "Combate"."Combate" insistait sans cesse sur le fait qu'il n'était "ni léniniste, ni anarchiste", comme si la question de l'organisation révolutionnaire pouvait se ramener à un niveau aussi simpliste. "Combate", cependant, était toujours prêt à entreprendre un travail "commun" avec n'importe qui, y compris les staliniens, pourvu qu'un vague dénominateur commun de confusion soit respecté par les participants. Un tel frontisme était candidement admis dans un manifeste publié par "Combate" :

"Tout notre travail a comme seul point de référence, les positions pratiques défendues dans les luttes ouvrières. Et il n'a comme seul objectif que de contribuer à l'unification des différentes luttes en lutte générale des masses prolétariennes et autres travailleurs. Nous ne sommes pas un parti et nous ne nous proposons pas de constituer un parti basé sur le travail lié à notre journal. Des éléments ou des groupes, de n'importe quel parti ou sans parti, collaborent à ce travail à la con­dition qu'ils développent des positions révolutionnaires pratiques dans les luttes ouvrières." (Manifeste de "Combate")

Ce que signifie exactement "développer des positions révolutionnaires pratiques" n'était pas explicité, mais on est conduit à soupçonner que c'est le cheval de Troie de l'autogestion. C'est ainsi que, pour "Combate, toute la question de l’organisation révolutionnaire n’était qu’un vague "projet" enraciné dans le localisme, et étayé par des conceptions autogestionnaires. Un effort qui combinait nettement les caractéristiques à la fois de l’anarchisme et de l'avant-gardisme gauchiste. La tâche d’organiser et de "fomenter" la lutte de classe ainsi que la lutte dans l’armée et la marine était carrément établie par "Combate" comme le passage suivant le met en évidence :

"Ce journal a pour but d’être un agent actif dans la liaison des différentes luttes particulières, en popularisant ces luttes et les expériences organisationnelles qui ont pu en résulter, et en accélérant de cette manière le développement des luttes ouvrières généralisées. C'est à partir de ces luttes et du développement de la lutte généralisée que toute l'élaboration de ce journal sera fondée, et aura pour résultat l'approfondissement des positions que nous prenons. Ce journal est le premier axe de notre travail."

Notons déjà que "Combate" base son existence comme journal sur des contingences, à savoir l'existence de "différentes luttes particulières" sur laquelle "toute son élaboration sera fondée". En écrivant cela, "Combate" annonce donc sa propre dis­parition dès le premier recul des luttes, ce qui suppose, soit qu'il ignore totalement la façon dont se développe la lutte prolétarienne avec ses pauses, ses reculs et ses brusques surgissements, soit qu'il se refuse à toute activité dès que la classe connaît un tel recul momentané. Dans un cas comme dans l'autre nous avons affaire à une attitude irresponsable : il faut effectivement manquer sérieusement du sens des responsabilités pour se proposer d'influer sur un mouvement aussi fondamental pour le destin de l'humanité comme celui du prolétariat sans en connaître les rudiments ou en prévoyant de le déserter dès qu'il connaîtra le moindre revers.

Mais voyons la suite de la citation :

"Intimement lié au journal, réside la tâche de susciter l'organisation d'assemblées de masse parmi les travailleurs, les soldats et les marins, ou de travailleurs avec des soldats et des marins impliqués dans des luttes spécifiques. Nous savons que c’est une tâche difficile, qui requiert plus que la simple préparation des nombreuses conditions matérielles comme la défense contre la répression de la bourgeoisie. Mais il ne peut y avoir de développement et de généralisation de notre lutte sans la réalisation d’assemblées de masse des ouvriers ayant des expériences de luttes particulières et différentes. C’est le deuxième axe de notre travail" (Ibid.)

Bien qu'il soit vrai qu’un groupe révolutionnaire intervienne et participe aux luttes de la classe ouvrière, surtout quand le Prolétariat entier entre dans une nouvelle période de combativité comme aujourd’hui, l'organisation révolutionnaire ne prépare pas (et dans ce domaine, elle ne peut pas) "les conditions matérielles" pour la lutte révolutionnaire de la classe (la création de liens à grande échelle entre les travailleurs en lutte, le déclenchement d'actions de classe contre la répression de la Bourgeoisie et son Etat, etc.) Abandonnant son premier rôle d’organisation d’assistance sociale offrant ses services à la classe ouvrière, "Com­bate" s'est attribué en idée le rôle vedette de majordome de la révolution. Une transformation équivalente à celle de l'obscur Clark Kent en Superman !

Les minorités révolutionnaires du prolétariat défendent le but final général du mouvement prolétarien : le Communisme. Leur tâche n'est pas "d'organiser", "d'unifier" ou de "fomenter" les luttes du Prolétariat. Ce n'est que la classe comme un tout qui peut armer ses propres bataillons, les préparer dans la lutte pour l'assaut final contre le bastion du pouvoir Bourgeois, l'Etat, puisque c'est seulement le prolétariat révolutionnaire dans son ensemble qui peut devenir la classe dominante de la société, et non une minorité de leaders et de "tacticiens auto désignés". Les conceptions de "Combate" sur sa propre fonction ne sont pas seulement disproportionnées, du fait qu'elles ne se basent pas sur une définition claire des principes politiques de l'organisation révolutionnaire et des responsabilités des militants de celle-ci, elles aboutissent également et en fin de compte à laisser l'ennemi de classe participer aux "projets révolutionnaires pratiques." Les staliniens, les populistes du COPCON, de la variété PRP, les trotskistes isolés, etc., tous ont leur contribution à faire, pour autant qu'ils s'inclinent devant les mystères du "contrôle ouvrier" et de "l'autogestion". Leur contribution aurait sûrement l’approbation de "Combate" s'ils choisissent d’ajouter des phrases résolues contre la création de "partis politiques" puisque, pour "Combate" une telle création signifie automatiquement "léninisme". Bien sûr, partant d'une telle conception, il n'y a d'ailleurs pas de raison pour que Otelo lui-même ne puisse avoir quelque contribution à apporter à titre individuel aux efforts de "Combate".

L'expérience portugaise après bien d’autres nous a démontré que derrière l'étiquette "apartidaire" se regroupent bien souvent les bataillons légers et les francs-­tireurs du capital. Ceux qui, au lieu d'affronter ouvertement le mouvement de la classe tentent au contraire d'en flatter les tâtonnements afin de le dévoyer. Quand les ouvriers commencent à se révolter contre les partis bourgeois, les "apartidaires" essaient de les dresser contre tous les partis, y compris les organisations que la classe a fait surgir historiquement dans son effort de prise de conscience. Incapable de faire disparaître la méfiance que ses partis et mystifications classiques inspirent à la classe ouvrière, le capital essaie d'étendre, cette méfiance jusqu'aux organisations révolutionnaires qui défendent le programme historique du prolétariat afin que celui-ci se prive d'un des instruments fondamentaux de sa lutte et de son autonomie de classe

Au Portugal comme ailleurs, où la bourgeoisie est à bout de souffle, cette phrase séculaire "pas de partis politiques" exprime en fait les intérêts de l'appareil d'Etat dans ses tentatives de submerger l'autonomie de la lutte de classe sous l'hégémonie "apolitique" du capitalisme d'Etat portugais.

L’INTERNATIONALISME DANS LE STYLE DE "COMBATE"

Pour expliquer les événements portugais, "Combate" a écrit "la situation intenable de la bourgeoisie portugaise dans les colonies, l'incapacité de vaincre militairement le peuple des colonies, a été un des facteurs qui ont rendu extrêmement urgent pour la bourgeoisie le "changement" de sa politique, et l'ont conduit à rechercher à travers la paix militaire, des solutions politiques et économiques néocolonialistes.

La multiplicité des grèves et des luttes que les ouvriers portugais ont entreprise ont montré à la bourgeoisie que l'appareil répressif du régime Caetano était déjà complètement inadapté pour essayer de contenir et de réprimer ces grèves. La bourgeoisie voulait alors permettre le "droit de grève" en même temps qu'elle mettait à la tête de l'appareil syndical des éléments réactionnaires opposés à la pratique des grèves.

Les classes et les couches exploiteuses avaient aussi besoin d'adapter l'appareil d'Etat à la résolution des graves problèmes économiques qui s'accumulaient sans que le gouvernement de Caetano ne soit capable de trouver une quelconque solution. L'inflation, la nécessité d'intensifier le développement industriel, les relations avec le Marché Commun, l’émigration, tout demandait une réorganisation urgente et à grande échelle de l'appareil d'Etat." (Manifeste de "Combate", p.1)

Comme on peut le voir ci-dessus, les explications de "Combate" pour le coup d'Etat d’avril 74, ne dépassai pas le cadre étroit du localisme. Une vision du coup d'Etat strictement circonscrite au contexte portugais, l'inflation galopante, la nécessité d'intégrer l'économie portugaise plus complètement dans la CEE, la vague montante de luttes de classe au Portugal sont toutes des aspects de la réalité du Capital portugais comme partie du système capitaliste international. La crise portugaise a été, en d’autres termes, une expression, un moment, de la crise mondiale du capitalisme qui a marqué la fin du "boom" d'après guerre. "Combate", toutefois, a considéré la lutte de classe au Portugal comme un phénomène essentiellement "portugais". C'était comme si le monde entier tournait autour du Portugal, et autour du prolétariat portugais. L'afflux pesant de gauchistes au Portugal a donné corps à cette illusion et contribué à l'atmosphère d'euphorie engendrée par "la révolution des œillets". De même que le Chili d'Allende était devenu un grand laboratoire pour les diverses expériences gauchistes, de "socialisme", le Portugal a été transformé en un centre vital de mystifications gauchistes. Mais du fait qu'il appartient, contrairement au Chili, à l'Europe occidentale, le Portugal constitue un terrain d'autant plus propice pour le gauchisme. En tant que chaînon important dans le dispositif de l'OTAN et nation solidement intégrée à l'économie européenne, le Portugal est devenu un véritable Eldorado pour les entrepreneurs gauchistes.

Dans un pays, relativement arriéré, où le mouvement ouvrier a subi une atomisation immense au cours des cinquante dernières années, où une tradition politique révolutionnaire forte et cohérente n’a jamais existé, le surgissement de luttes de classe sérieuses était voué à donner aux révolutionnaires dans ce pays la fausse impression de triomphe, surtout quand leur enthousiasme n'était pas tempéré par une compréhension sobre et rigoureuse de la lutte de classe internationale et de ses perspectives. Cet optimisme institutionnalisé, ce triompha­lisme naïf, devait aller de pair au niveau pratique avec une activité immédiatise et des préjugés localistes face aux implications du développement de la crise internationale du capitalisme et de la lutte du prolétariat.

En janvier 1976, un membre de "Combate" pouvait écrire: "je dirais que la lutte de classe au Portugal est idéale et pure : les producteurs se trouvent en lutte contre les expropriateur, une lutte presque sans médiation institutionnelle intégrée à l'appareil d'exploitation". L'auteur poursuit en parlant du nouveau régime portugais comme d’un "Etat capitaliste dégénéré" ; dégénéré sans doute à cause d’une classe ouvrière avec "une grande conscience et une grande capacité politique" (Joao Bernado, Portugal, économie et politique de la classe dominante, Londres, 1976, p.2)

Pour le localise, le monde entier tourne autour de lui et de ses petits "projets ". Le localisme n'a de la lutte prolétarienne qu'une vision au jour le jour. Il est perdu quand il essaie de généraliser de telles expériences à un niveau plus global. C'est pourquoi le nationalisme est toujours dans ses perspectives, car cedernier est incapable d'apprécier le poids et la signification de la situation immédiate en relation avec les questions et les événements plus généraux. Les localistes ne trouvent de nouveaux "aliments" que dans leur environnement immédiat et d'origine dans une discussion individuelle d’un travailleur, une lettre d’une entreprise autogéré voisine, ou dans les "on-dit" de la vie quotidienne. Une certaine "présence physique dans les "luttes quotidiennes" des ouvriers donne aux localistes une opinion exagérée d’eux-mêmes qui les incite à assumer leur rôle d’interprète des aspirations et de la conscience locales du prolétariat. Si la lutte s’approfondie, les localistes (qui ont tendance à devenir super activistes dans de telles conditions) connaissent leur jour de gloire. L’ampleur de la lutte est gonflée au-delà de toute proportion, et l'enthousiasme irréfléchi et les prédictions messianiques étreignent le cœur et tombent de la bouche du localiste. Mais quand la lutte reflue, le localiste reste échoué, se sent "trahi" par la lutte de classe.

Le pessimisme, la "théorisation" académique de l'isolement individuel, ou alors l'adhésion cynique aux vues du gauchisme s'ensuivent. En bref, la stabilité politique des localistes est toujours minime, et n'est d'aucune valeur positive pour la lutte prolétarienne.

Pour "Combate" aussi, l’optimisme, fondé sur une analyse superficielle des événements locaux, s'est évanoui pour être remplacé par le pessimisme, quand la lutte de classe au Portugal s’est engagée dans une phase de recul. Au début de 76, "Combate" a commencé à dresser un bilan de son travail international :

"Nous remarquons que pour les groupes qui affirment défendre la lutte autonome des ouvriers et qui quelquefois écrivent à "Combate", il n'y a presque toujours qu’un seul souci, la discussion des concepts théoriques en général, de façon idéaliste et indépendante des expériences réelles des luttes prolétariennes, avec le but, par-dessus tout, non pas de faire de la propagande pour les nouvelles formes d'organisation que le prolétariat en lutte a créées, mais de faire de la publicité pour leur propre doit y avoir de la place quelque part pour leur propre groupe politique considéré comme étant le dépositaire de recettes théoriques, sans la connaissance et l’étude desquelles le prolétariat ne peut être sauvé. Quand ces groupes publient des textes de "Combate", ce sont à quelques exceptions près ­les éditoriaux. Les groupes qui publient à l’étranger les textes destravailleurs ou les interviews, existent en nombre infime et c'est pour nous la partie du journal qui est la plus importante pour l'état d'organisation, les formes de lutte et la conscience des ouvriers portugais, afin de développer ces formes lutte internationalement. Presque deux ans de correspondance nous ont convaincu du fait que ces organisations confondent le monde gigantesque de la lutte de classe avec le monde microscopique des luttes d’organisation" (in "Internationalisme, la lutte communiste et l’organisation politique". Supplément à "Combate" n°36)

Préférant les télescopes aux microscopes, "Combate" nous explique ce qu’il veut dire par "monde gigantesque de la lutte de classe" : "Depuis. le début de ce journal, nous avons cherché à ce que les groupes et les camarades des autres pays qui ont une pratique analogue unissent leurs forces pour établir des relations entre les travailleurs (Un exemple : très récemment, les ouvriers de TIMEX ont dit qu'il était difficile d'entrer en contact avec les ouvriers de cette multinationale dans les autres pays, parce qu'ils ne peuvent avoir les travailleurs au téléphone, mais seulement les patrons qui boycottent de tels contacts). Ne serait-il pas plus facile pour les groupes qui essaient de dynamiser les luttes des travailleurs, de travailler dans la voie qui rendrait ces contacts possibles ? "(Ibid.).

Pauvre prolétariat ! Son monde gigantesque est si vaste qu'il a besoin du dynamisme de groupes comme "COMBATE" pour enjamber les vastes espaces. Comment la classe ouvrière pourrait-elle unifier ses luttes si elle n’a pas de réseau de communication correct, établi pour elle par les fées débrouillardes des « organisations révolutionnaires », travaillant en heures supplémentaires à la composition de bons numéros ? Mais "Combate" ne veut pas être simplement considéré comme un central téléphonique commode, son rôle de majordome révolutionnaire ne peut pas se limiter à cela, il doit y avoir de la place quelque part pour la théorie :

"Nous ne voulons pas dire que nous considérons pas la discussion de problèmes théoriques comme importante, ou que ceux-ci ne pourraient être élargis par les différentes pratiques de luttes dans les différents pays. Mais dans notre compréhension de ceci, la plate-forme pour l’unité du prolétariat révolutionnaire est inscrite dans les formes d’organisation qui sont développées par les luttes autonomes et la conscience qui en est le produit, et non dans un quelconque système idéologique particulier, lié à des querelles théoriques. Pour nous, il est plus important de contribuer aux formes concrètes de lutte qui font éclater les frontières et qui permettent aux travailleurs d’établir des relations directes dans la lutte commune contre le capitalisme" (ibid.).

Malheureusement, pour "Combate", la "théorie" est tributaire d'une relation mécanique purement immédiate, et subordonnée aux "formes concrètes de lutte" fragmentaires de l’époque actuelle, sans qu'aucune considération ne soit accordée à l'aspect historique de la conscience de classe liée, comme elle l'est, à toute l'expérience du prolétariat international, acquise après plus de 130 années de luttes.

Cette confusion, chez "Combate", est le résultat d'une incohérence totale en ce qui concerne les buts communistes de la classe ouvrière, le rôle du parti et des organes de masse prolétariens : les conseils ouvriers. "Combate" n’arrive pas à comprendre la période actuelle de décadence du Capitalisme, l’impossibilité de conquérir des améliorations durables, la nature réactionnaire des partis gauchistes (réactionnaires non parce qu’ils "limitent" l'autogestion, mais à cause de leur défense du capitalisme pendant les 50 dernières années de contre-révolution), et ce qu'implique véritablement pour la classe ouvrière l'internationalisme. En somme, "Comba­te", sous prétexte de rejeter ce qu'il considère comme de simples "querelles théoriques" manifeste une indifférence à peu près complète pour la clarté au sein de la lutte révolutionnaire de la classe, et la nécessité d'une plate--forme cohérente dans la lutte de classe. La conscience de classe est un élément historique dans la lutte du prolétariat - elle ne surgit pas du néant chaque jour, engendrée par chaque action fragmentaire d’individus de la classe ouvrière. De même, l'internationalisme n'est pas un échange ad hoc, fait au hasard, d'"expériences concrètes" de tels ou tels individus ou sectes, qui agissent avec une conception implicitement fédéraliste du style "je vous aiderai si vous m'aidez". De telles "expériences concrètes" ne font éclater aucune frontière, si ce n'est dans la tête des éléments qui s’en font les adorateurs béats.

En fait derrière cette attitude de prosternation devant chacune des luttes "concrètes" et de mépris devant les expériences passées, derrière cette vision édulcorée de l'internationalisme, réside une vision étriquée et mesquine du prolétariat. Celui-ci n’est plus un être social ayant une unité historique et géographique: il devient la simple somme et juxtaposition d'ouvriers ou entreprises dont le mouvement historique vers le communisme se réduit à l'accumulation quotidienne "d'expériences pratiques" de "nouvelles formes d'organisation" sensées préfigurer les rapports sociaux de cette société. On en arrive alors, d’une façon insensible et inavouée, à la vision gradualiste qui croit que le communisme peut se construire par étapes, au sein du capitalisme, quand l'Etat bourgeois est toujours là, exerçant sa tutelle sur l'ensemble de la vie sociale.

Une telle aberration est semblable à la théorie de Bernstein, mais assortie par les ajouts plaisants de l'autogestion et autres colifichets idéologique des 50 dernières années de contre-révolution, comme la défense des luttes marginales, la défense des "peuples opprimés", etc. L'idée du "Socialisme dans un seul pays" mise en circulation par le stalinisme n'est pas étrangère à cette théorisation confuse. Aussi s'entend-on dire par "Combate" que "les formes sociales communistes peuvent être créées pendant un moment dans certains cas particuliers, sans que la société toute entière n'y soit arrivée et n'ait transformé les simples formes sociales en organisation économique communiste réelle" (ibid.) !! "Combate" ne parait pas avoir remarqué le rôle joué par l'idéologie autogestionnaire dans la lutte de classe au Portugal, dans l’aide au sauvetage de la production capitaliste. Au contraire, l'"autogestion", les "formes communistes" de gestion de firmes capitalistes, sont présentées par "Combate" comme "la solidarité des ouvriers" dans la lutte. Les recettes titistes, Ben Belistes cuisinées à la façon non doctrinaire coutumière de "Combate ", veulent éviter de semer la confusion dans les luttes ouvrières avec le monde "microscopique" de la lutte entre les organisations, et noient tout simplement la lutte de classe dans le marais macroscopique de la contre-révolution. Quand "Combate" réclame "1'autonomie" pour les masses, en fait, son appel n'a rien à voir avec les masses - c'est simplement la requête de "Combate" pour qu'on lui permette de continuer à déformer la signification du communisme, à sa façon si pratique, si concrète, si apolitique et "autonome". C'est un plaidoyer pour l'autonomie organisationnelle qui demande qu'on lui épargne la recherche et la critique principielle des organisations communistes qui reconnaissentl’importance absolument vitale de la clarification et de l'absence de confusion dans la lutte de classe. 

L'EVOLUTION ULTERIEURE DE COMBATE

Le destin de "Combate" est celui d'un groupe qui essaie de se placer sur le ter­rain de la lutte de la classe ouvrière, mais qui n'a pas réussi à voir que cela impliquait la rupture avec toute la boue idéologique du capitalisme décadent. Aucun groupe ne peut aujourd'hui rester dans le no man’s land entre les positions gauchistes, conseillistes floues, et les positions communistes du prolétariat. En dernière analyse, une frontière de classe sépare les unes des autres. Pour "Combate", évoluer positivement aurait consisté à comprendre la nécessité du regroupement international des révolutionnaires au sein d'une organisation défendant des positions de classe clarifiées par la lutte historique du prolétariat international. Cela ne s'est pas produit (et peut-être, étant donné la confusion engendrée par la "révolution des œillets", cela ne pouvait-il pas se faire).

Après un certain point, l'évolution de "Combate" est devenue négative et le groupe est devenu le porte-parole de nombreuses mystifications gauchistes, tout en prétendant être "le reporter" des activités des ouvriers. Les préoccupations favorites habituelles de la politique libertaire sont devenues de plus en plus à la mode dans les pages de "Combate", avec des articles sur l'avortement, des reproductions de publications étrangères, telles que "International Socialists" en An­gleterre, sur les problèmes des femmes, ou des articles sur les problèmes raciaux, reproduits sans critique, de "Race Today", etc. Les questions essentielles auxquelles est confrontée la lutte prolétarienne ont moins de place dans "Combate". La nécessité de l'internationalisme dans la lutte de classe, par exemple, était envisagée de façon ambiguë par "Combate", dont les demi-vérités et les truismes sur ce sujet tendent à esquiver toute responsabilité organisationnelle vis-à-vis de cet aspect fondamental de la lutte de la classe ouvrière. "Combate", comme beaucoup de courants confus, peut être d'accord sur presque tous les points avec un groupe communiste pourvu que l’accord puisse être donné sans conviction et n'implique ainsi aucune conséquence politique. Comment ne pas reconnaître que c’est la porte ouverte à l'opportunisme invertébré?

LES DIFFICULTES RENCONTREES PAR LES REVOLUTIONNAIRES AU PORTUGAL ET EN ESPAGNE

Les limitations objectives d’aujourd'hui trouvent leur origine dans le désarroi, la démoralisation et la confusion régnant sur deux générations du prolétariat mondial qui ont subi les pires coups de la contre-révolution. Alors que le niveau de la lutte de classe qui s'élève actuellement pose les conditions nécessaires à laformation de groupes révolutionnaires, cette période est toujours infectée par les aberrations idéologiques et les débris de la précédente. Aujourd'hui, si les grou­pes qui surgissent n'enracinent pas solidement leur activité dans un cadre international cohérent, tôt ou tard, ils s'engageront dans la voie de la décomposition théorique et pratique. Marx disait que les idées des générations mortes pèsent comme un cauchemar sur les cerveaux des vivants. L’évolution négative de "Combate" illustre cette vérité de façon poignante.

Le Portugal et l'Espagne aujourd'hui représentent des exemples spécifiques de la situation difficile que rencontrent les révolutionnaires. L'arriération économique et politique de ces deux maillons faibles du capitalisme européen a entraîné le fait que le Prolétariat de ces pays ait tendu à être propulsé dans l’arène politique dès le début de la crise économique. Dans le but de dévoyer les luttes du prolétariat, les forces gauchistes sont aussi apparues en Espagne et au Portugal, annonçant au monde entier que le prolétariat devait être noyé dans tout le "peuple révolutionnaire". Les essais du gauchisme pour diluer la classe ouvrière dans le front commun du "peuple" ouvrant la voie à tout un barrage de mystification que la gauche utilise pour entraîner le prolétariat aux besoins du capital national.

Toute une mythologie à propos de la "Révolution Portugaise" en 1974 a pris corps grâce aux gauchistes au Portugal. La même chose arrivera demain en Espagne. Sur tous les toits de Lisbonne et de Porto, les gauchistes ont crié la nécessité de "défendre" la soi-disant "révolution", en même temps qu'ilss'employaient systématiquement à dévoyer les luttes autonomes des travailleurs vers les impasses de "l'indépendance nationale", de "l'autogestion ouvrière". Toute la campagne révoltante pour les "comités populaires", "la démocratie populaire", "la démocratie à la base", les "conseils ouvriers" (SIC), les "inter-impresas", tous ces lamentables mensonges ont été utilisés à fond par les gauchistes au Portugal.

Au Portugal, il était presque impossible de nager contre ce courant de mensonges, de confusion et de faux espoirs engendrés de façon si hystérique par le gauchisme. Initialement, "Combate" semblait capable de le faire. Mais l'erreur de "Combate" était de considérer que la montée des luttes de classe au Portugal était le signe avant coureur immédiat d'une transformation sociale totale au Portugal" Il n’a pas réalisé que la lutte des ouvriers portugais était un maillon qui constituait dans la chaîne de la lutte de classe internationale, et que ce que promettait le prolétariat portugais devait être considéré en termes de leçons acquises dans les luttes d'aujourd'hui qui trouveront leur achèvement dans la lutte révolutionnaire du prolétariat international dans les années à venir. 

"Combate", cependant, a surestimé les événements au Portugal, et, plus tard, a prouvé qu'il était incapable de fournir une analyse communiste sérieuse de ce qui se passait. Il mettait l'accent sur l'autogestion et les luttes "quotidiennes" de la classe ouvrière au Portugal. Il y avait, bien sûr, une montée énorme de lacombativité au Portugal qui réclamait l'intervention de tout un groupe révolutionnaire au mieux de ses possibilités. Mais une telle intervention ne pouvait être systématique et porter ses fruits que si elle était fondée sur une conception internationale claire de la lutte de classe globale. "Combate" a naïvement méconnu la nécessité d'une telle clarification. Il croyait que la clarté politique jaillirait spontanément des luttes "quotidiennes" de la classe ouvrière portugaise. C'est pourquoi, pour lui, il n'y avait aucune nécessité fondamentale de faire le lien avec quoi que ce soit en dehors du Portugal, en dehors d’une vague notion "d'internationalisme", qui, au mieux, équivalait à un vague sentiment de solidarité morale avec les secteurs dispersés de la classe. Son plaidoyer pour des "liens" permanents entre les travailleurs se réduisait à une crainte que les travailleurs eux-mêmes ne soient incapables de faire jouer une solidarité de classe dans une poussée révolutionnaire, et n'était en fait rien moins qu'une défense des idées d'autogestion portées à un niveau "international". Différents secteurs de la classe unis par "des liens" permanents pourraient en apparence mieux lutter dans le combat pour des réformes. Mais un tel combat est impossible aujourd'hui dans un monde assiégé par la crise historique du capitalisme. Pour les Révolutionnaires, prêcher pour des "liens" ou des "rapports" basés sur les illusions réformistes du prolétariat, c'est semer la confusion et abaisser le niveau de conscience de classe née dans les dures batailles de la classe telles qu’elles se sont déroulées au Portugal même en 1974 et 1975.

La décomposition politique de "Comba­te" est une perte pour le mouvement révolutionnaire aujourd'hui. C'est une perte quand on pense à ce que "Combate" et des groupes semblables auraient pu devenir s'ils avaient évolué positivement. Mais, dans leur état actuel, de tels groupes fonctionnent comme une entrave au développement de la conscience du prolétariat : ils deviennent des obstacles à la cohésion organisationnelle et au regroupement fondés sur des principes révolutionnaires.

Dès lors, et en l'absence d'un redressement dont la possibilité s'éloigne de plus en plus au fur et à mesure qu'ils s'enfoncent dans leurs erreurs et surtout la théorisation de celles-ci, ces groupes ne sauraient résister bien longtemps à la terrible contradiction à laquelle ils sont soumis entre leurs propres principes révolutionnaires de départ et la terrible pression de l'idéologie bourgeoise qu'ils ont laissé pénétrer en leur sein en se refusant à donner à ces principes une assise claire et cohérente basée sur les besoins de l'expérience historique de la classe. L’alternative qui s'ouvre à eux est alors simple :

- soient ils résolvent la contradiction en franchissant le Rubicon et rejoignent le camp capitaliste par l'abandon de principes qui les embarrassent de plus en plus ;

- soit, plus simplement, ils disparaissent, disloqués par cette contradiction.

C'est probablement ce qui va arriver à "Combate" dont la disparition est déjà, comme nous l'avons vu inscrite en filigrane dans la plate-forme sur laquelle il base son existence. Si un tel groupe ne réussit pas, comme il est très probable, à remonter le courant de la confusion, c'est en fin de compte la seule évolution qui réponde à la nécessité vitale de positions communistes claires dans le mouvement ouvrier.

NODENS