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quarta-feira, 30 de abril de 2014

Ainsi bout le chaudron de sorcière de l'Histoire

Ainsi bout le chaudron de sorcière de l'Histoire

Union Ouvrière - Mensuel N°10 - 15 octobre 1975


Ainsi vont les luttes de classes, qu'elles ne s'embarrassent guère des prophéties, des déclarations d'intention, des discours gouvernementaux, des étiquettes. C'est le malheur des idéologues. Mais c'est à l'école des faits que s'instruisent les révolutionnaires, et, dans ce qu'elles ont de contradictoire et d'imprévisible y compris, les convulsions sociales qui secouent aujourd'hui le Portugal tout entier leur sont une meilleure école théorique et pratique que toutes les récitations sectaires d' « extrémistes » de la gueule et d'immobiles partisans du mouvement 

Les « difficultés » que rencontre le sixième gouvernement provisoire dans son entreprise de « rétablissement de l'ordre » s'enracinent dans un approfondissement des contradictions de classes — qui n'est lui-même que le produit dialectique de tous les échecs et de toutes les déceptions essuyées depuis dix-huit mois par les prolétaires. Depuis à peine plus d'une année et demie, cinq gouvernements ont été usés, et le sixième a rencontré, dès avant même qu'il se mette en place, plus d'opposition que tous les précédents réunis. De Spinola à Carvalho, en passant par Cunhal et Soarès, il ne demeure aucun des « grands hommes » du 25 avril 1974 qui, après avoir été quelque temps acclamé par les prolétaires, n'en ait bientôt été méprisé. 

Maintenant que les Atlantistes ont repris du poil de la bête, le principal obstacle qu'ils rencontreront sur la voie de leur « rétablissement de l'ordre », ce ne seront plus les forces moscoutaires (trop conscientes de leur faiblesse, et qui mènent aujourd'hui une prudente politique défensive afin de « sauver ce qui peut être sauvé »); CE SERONT LES TRAVAILLEURS ET LES SOLDATS DU RANG — ces soldats dont il semble qu'une certaine fraction ait du mal à se résigner à voir le beau rêve de la « révolution » s'évanouir écrivions-nous le 10 septembre. Et effectivement, si le P.C.P., égal à lui-même, cautionne le gouvernement Noske-Scheidemann en y participant, dans le temps même ou il lente de s'appuyer sur les mouvements de la rue pour réassurer SES positions et ramener Gonçalves — ce sont les soldats mutinés qui ont pris l'initiative, et c'est autour d'eux que se rassemble l'aile marchante du prolétariat. 

Bien loin que les staliniens contrôlent ce mouvement, ils se voient plutôt contraints de le tolérer — et s'ils tentent de l'utiliser c'est sans aucune garantie quant à leurs possibilités de se l'annexer. On fait trop de références, dans ce mouvement, à la nécessaire lutte contre toute solution « CAPITALISTE D'ETAT » pour que Cunhal ne sache pas a quoi s'en tenir sur sa nature, et pour que le mouvement ne sache pas à quoi s'en tenir sur Cunhal. 

Les mouvements de SOLDAT DU RANG, qui occupent aujourd'hui le devant d'une scène hier encore encombrée de « discussions » entre OFFICIERS, posent la question vitale de toute révolution : la désagrégation des forces de répressions de la vielle société et la constitution du mouvement de la révolution comme puissance militaire. 

L'issue de la la CRISE sociale profonde ouverte par les mutineries n'est pas encore décelable à moins qu'on ne soit que trop fondé à craindre l'écrasement – mais, s'il est vrai que les rapports qui existent entre les hommes dans l'armée sont une image fidèle de ceux qui existent entre les hommes dans la société, alors la guerre sociale rampante, larvée d'aujourd'hui laissera bientôt la place à la guerre sociale ouverte. 

Ce qui avait donné de la vigueur et de la puissance au mouvement des curés, des sociaux-démocrates, des petits-bourgeois occidentalistes, et aux débris du salazarisme pendant la longue crise de l'été, ce fut l'impuissance des gouvernements Gonçalvès à remet­tre la rue au pas, et le pays au travail. Rien ne dit que la même impuissance, mais cette fois devenue le fait d'un gouvernement Azevedo - Soares, ne contribuera pas à accentuer dans le prolétariat et les couches pauvres de la population le sentiment qu'il n'y a d'autre alternative que la liquidation de l'ancien ordre en son entier, ou un terrible retour au point de départ, par Pinochet ou Scheidemann interpose — et que cette expérience de la NULLITE de toutes les institutions « démocratiques » du capital ne poussera pas des hommes qui n'ont plus rien à perdre que leurs chaînes et quelques illusions, à de vigoureuses avancées révolutionnaires. 

Une chose est sûre : venant après les refus massifs des soldats de la Police militaire d'embarquer pour l'Angola, les vols d'armes dans les casernes, les innombrables cas de fraternisation (dont le dernier fut celui des hommes envoyés à Radio - Clube, et qui firent cause commune avec les .. incitateurs à l'émeute qu'ils devaient réprimer), les manifestations de soldats du rang et de révolutionnaires mêlés, tant à Porto le 10 septembre qu'à Lisbonne le 25, les manifestations autour du RALIS et l'expression résolue de la volonté des hommes du régiment de ne pas reculer, la mutinerie du C.I.C.A. de Porto, le d r a p e a u rouge flotte depuis huit jours sur la caserne occupée, demeure bien comme l'un des plus hauts points atteints jusqu'ici en Europe par le mouvement de la révolution communiste, depuis bientôt quarante ans. 

Sans doute l'insubordination ouverte des hommes du C.I.C.A.P. n'est-elle encore qu'un mouvement limité, mais le seul fait qu'une hiérarchie militaire et des autorités gouvernementales qui ne cherchent qu'à donner des preuves de leur « fermeté » n'aient pas osé se résoudre à l'écraser encore par la force, suffit à prouver qu'elles ne sont nullement assurées des rapports de force réels , et à tout le moins, qu'elles craignent qu'à semer le vent de répression armée, elles ne récoltent la tempête de mouvements insurrectionnels dont elles ne sont pas sûres de venir aisément à bout. Les Versaillais de Lisbonne et du commandement militaire du Nord, savent que c'est d'avoir voulu désarmer Paris que leurs ancêtres de 1871 durent le 18 mars, et les canons de Montmartre dirigés contre eux. A bien des égards, y a aujourd'hui au Portugal plus de possibilités d'un mouvement d'insubordination généralisé des soldats qu'il n'en existait à la veille de la Commune. Nul doute que les Scheidemann - Soares et les Pinochet - Veloso n'y aient bien réfléchi, avant d'enflammer la poudrière de Porto, dont ils ne savent désormais plus si bien si elle est le centre de la contre-révolution, ou celui de la contre contre-révolution. 

A l'heure actuelle, l'équipe Azevedo - Soarès mise sur le pourrissement d'un mou­vement de subversion dont, par-delà les idéologies, ils perçoivent de manière aiguë le caractère radical. « IL FAUT QUE NOUS PARVENIONS A TENIR ENCORE UN MOIS » déclarait Azevedo à « Times » , à la veille de son allocution du 13 octobre. Mais rien ne dit qu'un mois de plus d'incertitude ne sera pas un mois de plus pour la maturation d'événe­ments révolutionnaires de portée universelle. Un mois de plus, c'est le délai que Azevedo - Soarès s'accordent pour reconstruire des forces de répression sûres et se donner les moyens de passer à l'offensive. Mais ce mois peut également être un délai suffisant pour que le mouvement de mutinerie des soldats fasse tâche d'huile, s'unifie, et pour que des couches plus larges du prolétariat passent au mouvement. Personne n'a jamais su à l'avance ce qui bouillait dans « le chaudron de sorcière de l'histoire »-. 

L'heure n'est évidemment en rien à l'exaltation imbécile. Loin de nous la naïveté de la « lutte finale » Mais le mouvement social n'en sort pas moins à Lisbonne de la nuit des idéologues, où tous les chats sont gris. Les balbutiements de la reprise communiste à l'échelle sociale y sont décelables. Et quelle que soit l'issue des prochaines con­frontations, le prolétariat réapparaît déjà de manière crédible comme le sujet de l'histoire moderne. Après mai 68 et Gdansk 70, le Portugal de 75 demeurera comme l'un des jalons de sa reconquête de l'initiative révolutionnaire.

Portugal : des déserteurs et des réfractaires prennent la parole : Juillet-Août 1974

Portugal : des déserteurs et des réfractaires prennent la parole

Revue Marge - n°2 Juillet-Août 1974.


Texte réalisé par un groupe informel de camarades déserteurs ou insoumis portugais, ils se sont réunis pour manifester leur opposition aux positions du PC et du PS qui réclament la rentrée dans l’armée, et des maos qui demandent l’intégration dans l’armée pour ensuite déserter avant le départ en Afrique. Ce texte sera distribué au Portugal mais nous souhaitons également le faire connaître généralement car il s’oppose à une situation qui n’est pas strictement portugaise.

TRAVAILLEURS, SOLDATS ET MARINS, POUR QUE NOS POSITIONS SOIENT BIEN CLAIRES ET POUR QU’AINSI NOUS NOUS DISSOCIONS DE CE QUI SEMBLE SE GÉNÉRALISER :

Nous, déserteurs et réfractaires des Forces Armées de l’État portugais, travailleurs sala­riés, nous affirmons ce qui suit comme étant notre conviction :

Notre désertion et refus d’incorporation ont un contenu essentiellement anti-capitaliste. La conséquence de cet acte, qui dans certains cas nous a même transformés en travailleurs, nous a amenés à dépasser notre cas individuel : le refus des Forces Armées pour arriver à une critique de la société telle quelle est organisée : sur l’exploitation du travail salarié.

Vivant parasitairement de l’exploitation des classes travailleuses, l’armée est, en toutes les sociétés sans exception, une ma­chine "trituratrice" d’hommes et a comme fonction le maintien de l’ordre social existant et la défense de la classe dirigeante de chaque pays et de ses intérêts nationaux dans la confrontation avec ceux des classes dirigeantes des autres pays. L’armée est l’ins­titution où les jeunes ouvriers souffrent de la première domination organisée et implacable de la classe dirigeante. Ceci est aussi vrai dans les pays de capitalisme (ou socia­lisme) d’état : URSS, Chine, Cuba, Nord-Viet-nam, Albanie, etc.

Dans le monde actuel, divisé en deux blocs capitalistes (occidental et d’état) apparemment antagoniques, aucun pays ne peut se développer indépendamment mais seule­ment sous le contrôle d’un de ces blocs. Tout le développement implique ainsi l’organisa­tion de la société en classes, basée sur le travail salarié d’une majorité de la population au profit d’une minorité. Dans ce sens, l’In­dépendance Nationale ne constitue pas une étape progressiste pour l’émancipation des travailleurs mais seulement la continuation de leur exploitation sous une forme plus pro­fitable pour le capital. D’ores et déjà, l’orga­nisation des Mouvements nationalistes est tributaire de ces limites et se repose sur tes vieux schémas de division sociale du travail, de pouvoir et de décision. Les Forces Ar­mées de ces mouvements sont aussi oppressives que les portugaises, vivant en grande partie de l’expropriation de la misérable pro­duction agricole des paysans locaux et de "l’aide" des pays de capitalisme d’état, le­quel n’est que la cristallisation de l’exploita­tion des travailleurs de ces pays. Du point de vue des classes travailleuses, les res­semblances entre les deux sont plus grandes que les différences.

Dans les colonies portugaises, les organisations nationalistes expriment le projet d’une petite et moyenne bourgeoisie locale qui aspire à l’indépendance nationale comme cadre politique et social de sa domination économique. Après l’indépendance, la tâche de ces organisations est celle de gérer et de développer l’accumulation de l’exploita­tion avec "l’aide" d’un des deux blocs ca­pitalistes mondiaux. La possibilité plus ou moins proche d’un "transfert de pouvoir" des mains des colonialistes à celles des or­ganisations nationalistes fait, dès maintenant, apparaître des luttes intestines au sein de ces organisations, jetant dans la confusion tous ceux qui voyaient en elles "l’intransi­geance révolutionnaire".

Dans cette situation-là, la révolte des populations rurales contre la misère progressive et la destruction des conditions de pro­duction traditionnelles, tout comme celle des travailleurs surexploités des zones urbaines, ne peuvent être résolues avec une Indépendance. Les organisations nationalistes, une fois au pouvoir, n’auront à offrir que l’appel (auquel suivra la répression) à des "sacri­fices" pour la construction de la patrie bien-aimée ! Que de similitudes avec la tactique de la gauche portugaise au pouvoir !

Cela ne signifie pas que l’esprit de ré­volte contre les colonialistes (blancs, mais aussi dans certaines circonstances métis ou créoles ou asiatiques) de larges couches des peuples africains de ces territoires ne soit pas digne de notre plus grand respect. Cet esprit-là, les mouvements nationalistes peu­vent plus ou moins bien l’exprimer dans la lutte contre la domination portugaise. Et, de toutes façons, des expressions de révolte radicale - comme celle de mars 1961 au nord de l’Angola avec son extrême violence - ont eu te sens de la reconquête d’une dignité essentielle écrasée brutalement par une oppression et une exploitation séculaire.

Dans ta logique de tout ça, nous, déserteurs et réfractaires, disons :

Nous refusons tout ou quelconque incor­poration ou ré-incorporation. Nous considérons illusoire l’attitude qui consiste à penser qu’il est possible d’aller aujourd’hui aux Forcer Armées pour les mîner. La machine militaire écrasera toutes les tentatives en ce sens. Elle acceptera seulement l’intégration au projet ré­formiste du mouvement des Forces Armées. C’était dans cette perspective que notre "cri­me a été pardonné" : pour que nous puissions aller "aider à la reconstruction nationale". Nous refusons une telle "aide", laquelle n’est que l’acceptation de la société telle qu’elle est. Nous répondons : "Nous n’avons pas de devoir envers une société qui ne nous donne pas d’autre droit sinon celui de l’accepter com­me elle est." En tant que travailleurs, cela a été notre position dans les pays où nous nous sommes exilés ; elle sera la même au Portu­gal. Étant obligés de nous vendre pour vivre, nous n’avons aucune raison de donner une pré­férence à un patron plutôt qu’à un autre, tant pour la couleur de son drapeau que pour la langue qu’il parle.

Nous refusions d’être complices de la colonisation, nous refusons maintenant d’être complices de la décolonisation, sous n’impor­te quelle forme : service civil, coopération dans les colonies après l’indépendance, etc. Dans ce sens, nous disons à tous ceux qui se trouvent dans les Forces Armées, dans les co­lonies, et qui demandent plus ou moins ouver­tement que "ce soit maintenant les déser­teurs et réfractaires qui viennent ici se battre à leur tour", qu’une telle attitude sadique ré­vèle qu’ils reconnaissent, en ayant accepté la guerre, avoir été utilisés par le système. En ce qui nous concerne, nous continuerons d’assu­mer notre position.

Nous refusons le service militaire tel qu’il sera réorganisé après la fin de la guerre, en une armée de guerre civile, orientée vers la répression de la classe ouvrière et le maintien de l’ordre social intervenant dans les grè­ves et conditionnant les jeunes ouvriers à se soumettre à la hiérarchie, aux structures du pouvoir et à la discipline aveugle et avilis­sante.

La fonction naturellement répressive de l’armée a déjà commencé à se révéler ouver­tement : contre les prisonniers du Limoeiro (une des prisons de Lisbonne), les grévistes des postes et de l’usine Soponata.

Nous n’appuyons pas et nous sommes solidaires d’aucune organisation nationaliste qui se dit représentante des peuples oppri­més dont l’exploitation continuera après l’in­dépendance sous une nouvelle domination de classe. D’ores et déjà, notre sympathie va vers les révoltés des prisons de Luanda et de Lorenço Marques, vers les grévistes du port de Lourenço Marques et d’autres régions urbai­nes.

Dans l’immédiat, nous affirmons notre soli­darité :

A tous actes de subversion réelle contre la machine militaire au Portugal, qui vont au-delà du simple appui au nouveau gouverne­ment. C’est le cas de l’agitation dans Ses casernes, du refus des honneurs militaires, et autres formes de discipline, du refus collectif des marins du bateau "PERO ESCOBAR" (dans le port militaire de Lisbonne) à prendre la mer. et de la décision de certaines garni­sons de a Guinée d’abandonner leurs postes, etc. Seuls de tels actes peuvent mener à la fin immédiate de la guerre et à une conver­gence avec les classes travailleuses en lutte, rendant impossible l’utilisation des Forces Ar­mées contre le mouvement de classe.

A toutes les actions qui visent l’insou­mission totale, le droit de refus de participer aux Forces Armées au Portugal, comme dans d’autres pays, où un tel mouvement se déve­loppe.

A toutes les actions visant la libération immédiate de tous les prisonniers de guerre, qu’ils soient dans les prisons portugaises ou dans celles du PAIGC, FRELIMO. etc.

A toutes les actions visant la création du droit de discussion politique réelle et d’organisations à la base des soldats et des ma­rins, dans toutes les Forces Armées du mon­de, au Portugal comme en Russie, en France comme en Chine, dans celles du MPLA com­me celles du FRELIMO. Nous sommes donc solidaires des tentatives faites par les élé­ments plus radicaux du Mouvement des For­ces Armées, comme nous le sommes des ma­rins français prisonniers à Toulon à cause de leur action dans ce sens. Que tous ces actes soient partie intégrante de la lutte des travailleurs du monde pour leur émancipation totale, par l’abolition des États et des nations et de l’exploitation du salariat. Qu’une nouvelle société soit construi­te par l’action autonome des producteurs sur les ruines de la vieille où l’administration des hommes, considérés comme des objets, soit remplacée par l’administration des objets par les hommes, enfin maîtres de leur vie et de leurs actes. Simples déserteurs des forces armées, nous sommes aujourd’hui DÉSER­TEURS D’UN ORDRE SOCIAL contre lequel nous luttons quotidiennement. Tout le reste demeure au-deçà de notre acte initial et de ses conséquences.

Juin 1974 - "Collectif Déserteurs de l’Ordre Social Régnant".

terça-feira, 29 de abril de 2014

L’engagement des exilés politiques portugais en France de 1958 à 1974 / Victor Pereira

A partir de 1926 et l’implantation du régime dictatorial dominé par António Oliveira Salazar, ministre des finances en 1928 et président du conseil de 1932 à 1968, de nombreux portugais furent contraints à l’exil. Dès le coup d’Etat du 28 mai 1926, une partie des élites de la République renversée trouva refuge en France mais ce fut après 1958 que ce phénomène s’amplifia numériquement et s’élargit à de plus larges couches sociales. En effet, la campagne présidentielle de 1958 où le Général Humberto Delgado fit trembler le pouvoir salazariste, promettant la démission du dictateur s’il était élu, donna une nouvelle impulsion à l’opposition qui, jusqu’alors, était constituée par quelques intellectuels libéraux qui multipliaient pamphlets et brochures ou par le parti communiste qui, traqué par la Pide, était réduit à la clandestinité. Ce renouveau entraîna alors une plus grande répression de la part du régime et contraint donc de nombreux opposants à l’exil. Ceux-ci vinrent, pour la plupart, s’installer en France. D’autre part, les guerres coloniales, qui commencèrent en 1961, amenèrent en France près de 100 000 jeunes réfractaires et déserteurs. Ceux-ci ne voulaient pas tous par leur soustraction aux obligations militaires s’opposer consciemment au régime et notamment à sa politique coloniale mais il montraient, du moins, qu’une partie de la jeunesse portugaise n’était plus en adéquation avec les desseins du vieux dictateur. Les exilés politiques portugais sont donc plus nombreux et d’origines sociales plus diverses à partir de 1958. Dès lors, il faut pouvoir les distinguer des milliers de portugais qui, à la même période, sont venus en France. [...]

sexta-feira, 25 de abril de 2014

Carlos Cavalheiro - A boca do lobo (1975)








Andam por aí os gestos do passado
Andam por aí os testos
Dos restos mortais dos tachos
De comida amarga
Que os que ainda vivem à larga
Nos querem fazer engolir
É a boca do lobo
A morder a nuca do povo
Anda aí o funeral dos parasitas
Anda aí o carnaval
Anda aí como aliás já se previa a cia
Quem é que não desconfia?
Quem é que se quer meter
Na boca do lobo
A morder a nuca do povo
Anda, a gente vai começar
A gente já começou
A gente vai acabar
A gente vai começar

Anda o camponês a puxar a carroça
Anda o operário a pourejar
Anda o grande capital e os latifundiários
A arranjar processos vários
De nos continuar a meter
Na boca do lobo
A morder a nuca do povo
O boca do lobo
A morder a nuca do povo
Andam por aí os restos do passado
Andam por ai os testos
Dos restos mortais dos tachos
De comida amarga
Que os que ainda vivem à larga
Nos querem fazer engolir
É a boca do lobo
A morder a nuca do povo
Anda a gente vai começar
A gente já começou
A gente vai acabar
A gente vai acabar

Com a boca do lobo
A morder a nuca do povo
A boca do lobo
A morder a nuca do povo

Mouvements urbains et commissions de Moradores au Portugal (1974-1976)

Luis LEITÃO - António DIAS - Jorge MANUEL - Laurent DIANOUX

Prochainement en téléchargement

Merci à Jorge pour ce texte

Nouvelle arnaque Portugaise....

Le prix de la transition démocratique portugaise.
La pièce de 2 euros vendue 5€49.
Encore une arnaque...

quinta-feira, 3 de abril de 2014

Le pain que le diable a pétri de José Vieira


C’est un monde suspendu en haut de la montagne, dans un paysage granitique au Sud de l’Europe.
Ici, les chants de la terre ne sont pas encore oubliés mais ils ne sont plus chantés. Adsamo est un village qui va disparaître.

Le film accompagne les habitants tout au long des saisons. Les mémoires se délient avec le temps. Chroniques de la vie rurale, des bouleversements traversés tout au long du siècle dernier, des combats qu’il a fallu mener pour conjurer la misère, de la résistance contre le salariat et l’asservissement.

Dvd disponible chez Zeugma